• Au sujet de la réincarnation (sous sa forme populaire)

    Quelle est, à son tour, l'origine des samskâra ? Le problème est complexe. Il renvoie à la doctrine des hérédités multiples. Les formes populaires de l'enseignement hindou donnent une explication très sujette à caution qui se base sur la réincarnation : les samskâra, raisons et causes de ce qu'un être fini est, en fait, comme corps, esprit, tendances et expérience seraient la conséquence et le résultat de formes antérieures d'existence et aussi les traces ou habitudes issues d'une activité antérieure (karman). Le problème n'est évidemment pas résolu ; il est simplement déplacé car, si, pour expliquer l'action des samskâra dans l'existence actuelle, on se reporte aux actions commises dans une existence précédente qui les aurait engendrées, afin d'expliquer pourquoi il y a eu ces actions-là précisément, il faudrait se reporter à une autre existence précédente et ainsi de suite indéfiniment sans venir à bout de rien. Il faut bien s'arrêter à un point ou à un autre, se référer à un acte d'autodétermination. Reste à connaître le lieu de cet acte.

    Il ne peut se trouver ni dans le temps ni dans l'histoire, car dans le temps ou dans l'histoire n'existe aucune continuité que ce soit entre les différentes manifestations d'une conscience individuelle, entre les "existences" du mythe de la réincarnation. La continuité n'existe que sur le plan subtil vital (prânique), dans la force de vie qui n'est pas liée un corps particulier et ne s'y épuise pas.

    A un degré plus élevé, elle existe cependant : au niveau de buddhi-tattva, du tattva de l'"individu individuant", pourrait-on dire, et dont la fonction est de déterminer. Ici, à la limite supérieure des tattva impurs, on doit penser qu'une interférence se produit en ces termes. D'un côté, l'autodétermination pure dont nous avons parlé, qui, dans une certaine mesure, vient d'en haut, de la sphère des tattva purs et du "corps causal" et se traduit dans l'acte de la buddhi. On ne doit pas chercher la cause à cette détermination car on se trouve ici dans une région où la raison dernière de l'acte est l'acte lui-même, où les causes ne sont pas déterminées par d'autres causes et où toute forme se manifeste comme un moment de ce que l'on a appelé le "jeu" lilâ, de la Çakti. Sur ce plan supérieur, le plan de prajnâ, il n'existe donc pas d'antécédents ni de samskâra. Toutefois les samskâra sont assumés immédiatement après, par élection, coalescence et appropriation (ahamkâra), à l'encontre de ce que l'on peut appeler le courant samsârique au sens strict, lequel comprend des forces préformées, des lignes d'hérédité de différentes sortes, soit biologiques, soit prâniques, qui renvoient à des antécédents proches ou lointains, plus ou moins liés entre eux. En ce sens, des samskâra agissent dans le corps subtil où se manifeste le corps causal et dirigent soit l'action individualisante et sélective de manas et de ses organes, soit la vitalité qui soutient, alimente et modèle la forme physique.

    Sous un certain aspect, les anciennes notions de "démon" et de "génie" peuvent correspondre au corps de vie informé par un groupe de samskâra donné et destiné, par le truchement de la buddhi, à donner vie à l'image samsârique de Çiva immobile. Les samskâra, pourtant, n'ont rien à faire avec le véritable noyau de la personnalité, avec ce qu'on pourrait appeler son élément surnaturel, avec ce noyau le plus profond qui, déjà, au niveau de la buddhi, se place hors des conditions qui pemettraient de leur attribuer des antécédents temporels, des formes antérieures d'existence individuelle. Cela incline à démythifier la conception populaire de la réincarnation qui, malgré ce que prétendent certains, ne fait pas partie de l'enseignement ésotérique.

    Passages de "Le yoga tantrique" de Julius Evola 

    « Transformer le venin en remèdeLe manuscrit secret du Moyen Age »

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