• Comment notre tenue vestimentaire parle de nous

    Très chaotique je suis. Femme je suis, ceci expliquant en grande part cela. Ce chaos est contenu malgré tout par une sorte de maillage très fin et d'une grande solidité, le fil de la trame étant lui très masculin (voir De l'élément masculin et l'élément féminin). Ainsi, mes tenues vestimentaires en disent long, elles parlent pour moi, pour ceux qui savent voir au-delà des apparences. Depuis plusieurs années, je ne porte plus que des jupes longues, des jupes avec une coupe à tendance plus droite qu'évasée. Cet aspect rigide de ma personne est là pour contenir le flou permanent qui règne au-dedans. Penser que je sois quelqu'un de rigide uniquement en me voyant correspond d'office à se fourrer le doigt dans l’œil et ce, jusqu'au coude.

    Ainsi, j'ai une anecdote à raconter. Dernièrement, enfin il y a plusieurs mois, j'ai eu l'occasion de rencontrer un monsieur de 81 ans. Ce monsieur n'a eu de cesse à chaque fois que nous nous croisions de me faire des remarques sur ma façon de me vêtir, avec entre autre son : "vous, dans votre burqa". Au début, selon ses dires, je passais pour une vestale. A cette période là, soit l'hiver dernier, je portais donc une de mes jupes longues, un manteau (duffle coat), une écharpe, des moufles en peau, et une chapka ! sans parler des chaussures, car pour faire mes trois kilomètres à pied (six aller/retour) dans ce froid, j'avais besoin de protections (voir Vivre sans voiture, en pleine campagne).

    Vestale

    Le côté enfermé, secret, plus les fantasmes qui en découlaient, les souvenirs, etc... j'étais donc à ses yeux une vestale, pour petit à petit finir par devenir pleinement humaine une fois la belle saison venue. Il avait d'un seul coup la possibilité de voir des parties de ma chair - sandales au bout des pieds, petits hauts cintrés avec décolletés et manches courtes, mais toujours avec de longues jupes -, je devenais donc humaine. J'en ris encore. 

    Il me faut un cadre, des limites, et le fait de les rendre matérielles, directement à mon contact, me permettent de mettre un peu d'ordre dans mon chaos intérieur. C'est l'éternel jeu entre les forces, elles se combinent pour s'équilibrer. Puis-je pour autant en tirer une règle pour tous ? Qu'ainsi, à l'inverse de ma pratique, une personne ne portant que des vêtements lâches, flous, ferait preuve d'une grande rigidité en interne, trop de rigidité ? Et puis il y a aussi les danseuses espagnoles, les danseuses de flamenco, avec leur larges robes alors que leurs danses sont particulièrement élaborées.

    Sauf qu'il s'agit là d'un vêtement déjà équilibré, le haut étant plus sobre, et cintré, près du corps, les deux en un, donc idem pour l'intériorité de la personne.

    En fait, il faudrait que chacun fasse ce genre d'observation intime pour répondre. Quoique...

    (je parle là uniquement pour des personnes qui arrivent à s'équilibrer, qui se sentent donc bien dans leur peau, pas à des victimes de la mode, des personnes constamment mal dans leur tête, dans leur corps, dans leur peau, mal avec elles-mêmes)

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    Note : pardonnez-moi, Lucien, si vous lisez ceci, mais bon il fallait à un moment ou à un autre que je mette les points sur les i et les barres sur les T.

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    Cette observation est aussi valable pour ce qui m'entoure, par exemple ce blog, la manière dont il est conçu, cadré, devrais-je plutôt dire. Il a un côté très carré, dans des cases - moi qui ai une sainte horreur d'être mise dans des cases -, mais j'ai besoin de ça pour équilibrer ma pagaille en interne. Et encore, ces derniers temps je le trouve trop bariolé, j'ai un besoin intense de sobriété, d'où mes recherches de nouvelles présentations plus posées, alors qu'au fond j'aime le flou, mais cela me perd pour travailler, cela me disperse, je suis suffisamment petit oiseau comme ça.

    Au-delà, il en est de même pour une architecture, ou un jardin, l'approche stricte ou flou, sobre ou exubérante - voir les deux en même temps comme pour la danseuse de flamenco -, annonce les besoins d'une époque ou d'une personne en particulier, pour s'équilibrer.

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