• Critique de l'approche du Mouvement Matricien

    Depuis quelques années, entre autre sur facebook, je tombe régulièrement sur les développements d'un homme au sujet des relations hommes/femmes, de la société dans laquelle nous vivons et de celle dans laquelle nous devrions plutôt vivre selon lui. Il a depuis créé un site - avec d'autres personnes j'imagine - qu'il a nommé : Le Mouvement Matricien. En gros, il s'agit d'une forme de "retour aux sources" - donc plus idéologique qu'autre chose, comme tout prétendu retour aux sources (voir dans cet ordre d'idée Pourquoi le Moyen Age a-t-il le vent en poupe au XXIe siècle ?), forcément voué à l'illusion, aux désirs que nous portons au moment de cette quête -, d'une réappropriation du féminin divin - mouvement très en vogue chez les Wicca, par exemple, avec la Grande déesse - et du matriarcat, comme si le patriarcat était le mal absolu à éradiquer de toute urgence, lui qui avait éradiqué en son temps le féminin divin en imposant son dieu unique. L'enjeu étant de revenir au "paradis" d'avant le chaos guerrier instauré par des cavaliers assoiffés de sang et de pouvoir, Gilgamesh en tête. Pour cela il s'appuie sur divers auteurs, dont Françoise Gange, et sur la vie des Moso du Sichuan (entre autre, voir sur le site les nombreuses recherches sur le matriarcat à travers le monde). Je cite :

    "Les trames patriarcales ont généralement conservé les personnages et toute la symbolique de la strate originelle, mais en lui donnant un tout autre sens, de telle façon que ce qui était magnifié dans la première strate, s’y trouve démonisé dans la deuxième : les héros et les Dieux conquérants apparaissant par exemple comme les Créateurs et les Sauveurs du monde, tandis que la Déesse, ses filles et ses fils y tiennent le rôle de démons et de monstres. C’est ainsi que Gilgamesh qui est présenté dans les strates patriarcales, comme un conquérant magnifique, brave, grand et fort, un mâle accompli au courage sans faille, a en fait une autre facette.

    A certains endroits de la version sumérienne (première version, la plus ancienne) du mythe, une autre vérité se fait jour : on apprend tout à coup, que « Gilgamesh est un violent et un rustre, un soudard cruel qui viole toutes les filles d’Uruk, ou encore qu’il enlève les fils à leur mère, et qu’il épuise les hommes de la ville vaincue, dans des travaux exténuants… ». On est ici en présence de deux versions opposées du même personnage : l’une a été rédigée par les alliés du héros, c’est à dire les conquérants qui ont vaincus la ville d’Uruk ,et l’autre est racontée par les « fils et les filles de la Déesse », les vaincus, qui voient en Gilgamesh un usurpateur, un pilleur et un violeur.

    Gilgamesh, fondateur de l’ordre patriarcal et qui inspirera directement le personnage grec d’Héraclès, est l’ancêtre de notre culture violente, tournée vers la conquête sans fin des biens matériels et la désacralisation du monde, désacralisation du féminin et de l’union d’amour entre les deux grands principes masculin et féminin… Plus tard arriveront dans une suite malheureusement « logique », la violence généralisée, le non respect des équilibres naturels, la pollution, l‘épuisement des ressources de la terre, les armes à destruction massive.. ." (source : A l'origine (...) Interview de Françoise Gange)

    Bon, tout cela est bien joli, mais personnellement j'ai de gros doutes, pour ne pas dire que je n'y crois pas une minute à ce paradis perdu. Pourquoi ? Tout simplement parce que lorsqu'une civilisation disparaît - tout comme un être humain arrive en fin de vie, vieillesse puis mort - c'est parce qu'elle est à bout de souffle, parce qu'elle n'a plus l'élan créateur (or l'élan créateur c'est quoi ? c'est une pensée divine qui se pense elle-même, le monde émane de Dieu par surabondance de son intelligence), parce qu'elle est sclérosée ou pétrifiée, parce qu'elle n'a plus de nécessité d'être. C'est ce que j'appelle l'appel de la Nécessité, qu'il soit de mort ou de vie, et cette Nécessité, sa force, cette énergie, met en avant le chaos (or le chaos est l'élément féminin - l'énergie féminine -, ce qui montre combien la fameuse "déesse mère" était en fait aux manettes***) qui fera bouger les choses pour la continuité de l'aventure du vivant, ici, de l'humain.

    Je rappelle au passage qu'à notre époque, être un homme est chose très mal vu. Il faut se féminiser messieurs ! D'ailleurs mesdames, puisque vous vous êtes déjà masculinisées, continuez comme ça, tout va bien. Je caricature, mais sur le fond, c'est ça, sans comprendre réellement que ce travail là est à faire au-dedans, en profondeur (en cela je rejoins la vidéo de Françoise Gange à 24 minutes, à 27 min 55 et à 34 min 26) et que le chaos engendré chez les uns et les autres n'est pas anodin ("secouez-moi tout ça"  - guerre intérieure mais aussi extérieure lorsque cela ne se fait pas du dedans - pourrait dire la déesse mère du haut de sa sphère céleste, qu'en sorte enfin cet être complet, ces hommes et ces femmes en accord avec eux-mêmes, avec leur entièreté - yin et yang).

    Points positifs à mon sens, de ce mouvement Matricien, c'est cette recherche d'une autre forme de société, cette recherche du clan, de ce qu'il pourrait être en dehors de la main mise étatique et banquière. Cette recherche des sociétés anciennes et des sociétés matriarcales au travers du monde. Le brassage (avec un bémol pourtant, à trop brasser on se perd - c'est un problème que je connais bien, j'ai régulièrement tendance à tomber dedans) des causes à effets sur nombre de thèmes (démographie, perte de fertilité, disparition de la famille au sens classique, mondialisme, etc...).

    Points négatifs, en dehors de ce que j'ai déjà développé plus haut, au-dessus de la vidéo, je dirai qu'appeler "Projet Prométhée" un projet de société - une confédération tribale associative - prétendant s'extirper de la vase matérialiste dans laquelle nous sommes tombés (Etat tout puissant, banques itou, société de consommation) est assez croustillant aux yeux de ceux qui nomment les matérialistes purs et durs, des : prométhéens. Et qui de fait, sous couvert de "grande déesse" ne parle que de problèmes matériels alors que "l'homme est un problème sans solution humaine", comme disait Nicolás Gómez Dávila.

    De même, la solidarité - mais je pense à la charité, donc ce vers quoi tendre, à mes yeux - ne s'impose pas, elle vient d'un alliage fort, puissant, celui d'un être complet justement, prêt à offrir, à donner, sans dérober à autrui sa liberté, donc sans contrepartie matérielle derrière, sans un intérêt financier ou de confort quelconque en guise de carotte pour faire avancer, comme cela est prôné dans ce Projet Prométhéen, tout comme cela fonctionne dans notre société actuelle, donc, même dérive, on ne sort absolument pas de la vase, on s'y complait avec délice.

    (article à suivre, je n'ai pas fini de décortiquer ce site ni la vidéo ci-dessus, je mettrais donc mes autres remarques plus bas, vue l'ampleur du travail, là, ce n'est que le début, mes premières impressions)

     

    *** Si nous imaginons un joueur de jeu vidéo en guise de déité pour les éléments du jeu en lui-même, alors à l'époque dite matriarcale le joueur était un homme et il faisait honneur aux éléments féminins du jeu, puis par un basculement des forces, des énergies vitales cosmiques, le joueur a cédé sa place à une joueuse qui a mis en place le patriarcat, mettant ainsi à l'honneur les éléments masculins du jeu. Aujourd'hui, nous en arrivons à un nouveau revirement des énergies, revirement qui ne se passe jamais sans guerres, sans conflits, tout comme cela c'est déjà passé antérieurement. Mais pourquoi ? Pour cette quête du grand jeu, de la Grande oeuvre alchimique, pour trouver cet être complet en chaque élément du jeu, pour commencer, tout du moins.

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