• Éloge du con

    Que de mauvaises herbes à arracher. D'irrécupérables à jeter. De néfastes à brûler au plus vite avant qu'elles ne se propagent. La mauvaise herbe, c'est bien connu, ça prolifère, c'est une de ses particularités. Un coup de vent et pffuit ! les graines se dispersent. C'est très dans l'air du temps aussi, l'arrachage systématique de tout ce qui dérange, tout comme la coupe drastique. Il y a la coupe au ras des pâquerettes - le tous au même niveau, le crédo égalitariste -, et l'arrachage de ce qui est jugé laid, cette chose qui vient s'infiltrer au milieu des plates bandes, ce qui ose s'insinuer en travers - tout comme au bord - des chemins, tel le serpent honni. 

    Haro aux mauvaises herbes ! Vade retro satanas...

    Pourtant, la nature est bien faite, elle seule sait équilibrer harmonieusement le vivant. Que seraient donc nos polémiqueurs, nos critiques, nos satiristes, nos écrivains, etc... sans les cons auprès desquels ils trouvent quotidiennement leur pitance ? Comment tous ces plus ou moins grands penseurs pourraient-ils seulement émettre le moindre son, la plus petite diatribe, sans la présence du con qu'ils conspuent à longueur de journée ? Rien. Ils ne seraient rien de ce qu'ils sont là. Eux, nourris à la sève même du baveur de connerie leur permettant ainsi de faire pousser, puis fleurir, leur langage à fleuret. Un langage pas toujours de bon goût cependant - ceux-là sont mes cons -, les odeurs nauséabondes naissent aussi chez les accoucheurs de viandes putrides, de viande sans esprit, restant dans leurs basses fosses, englués qu'ils sont dans leurs propres excréments. 

    Ne mords pas la main qui te nourrit, dit le proverbe.

    Nos ennemis sont nos meilleurs amis. 

    Merci aux cons d'exister - nous sommes toujours le con d'un autre -, sans eux, pas moyen de fleurir dans l'adversité, de se magnifier, de s'élever dans la fureur du monde. Les cons, ce fumier indispensable, ce compost, ce terreau permettant aux roses de s'épanouir. Les cons, ces mauvaises herbes offrant refuge et nourriture, loin des maladies et autres insectes dévastateurs, notre antidote aux tares de la consanguinité. Cons, je vous aime. 

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