• Famille, clan, tribu et entraide

    « Gratis et amore Dei », aider son voisin

    Prêter n'était pas toujours usure, bien au contraire. Les hommes victimes d'un mauvais sort, d'une récolte trop maigre pour ensemencer leurs champs, à court d'argent pour payer ce qu'ils venaient d'acheter, ou pourvoir au repas de noces de leurs filles n'étaient pas tous réduits à la triste condition du débiteur contraint de mettre sa terre, ses bijoux ou ses beaux vêtements en gage chez un usurier impitoyable. Aider son prochain, prêter gracieusement pour permettre de survivre quelques semaines ou quelques mois était oeuvre pie aux yeux de Dieu et une bonne action qui, dans la communauté, fortifiait les liens sociaux et plaçait l'homme en bonne estime parmi ses parents et ses voisins. En échange de services ou à charge de revanche ou même sans rien en attendre, on accordait prêts pour garder bonne renommée et bon crédit pour les affaires. (...)

    En ces temps, face aux maîtres du moment, à l'Etat et au fisc, l'homme n'était pas seul mais pouvait largement compter sur le soutien d'un groupe rassemblant des hommes et des femmes de rang social, d'activités et de richesse variée. La famille n'était pas celle d'aujourd'hui qui, conjugale, recomposée ou monoparentale, ne compte qu'un nombre restreint de personnes, mais un clan, une sorte de tribu même, formée de plusieurs couples, jusqu'à quelques dizaines, qui portaient tous le même nom, vivaient proches les uns des autres dans un quartier de la cité, à l'ombre de l'église et des palais ou des grandes maisons des plus riches. Il se disaient membres d'une seule lignée et entretenaient pieusement le culte des ancêtres ; les notaires parlaient de race (stirpe). En Italie, à la tête de ces clans (consorterie en Toscane, alberghi en Ligurie), les nobles et les puissants veillaient au sort des plus modestes, simples artisans même. (...)

    Pratiquer l'aide entre voisins pour vivre en paix et faire sereinement ses affaires était un devoir. (...)

    Clans familiaux, voisinages, sociétés de métiers (arti en Italie, métiers en France), fraternités charitables, tout concourait à tisser un réseau de bonnes volontés pour aider ceux qui, pour paraître, recevoir un parent, exercer dignement un office, manquaient d'argent ou de belle vaisselle. Qui aurait exigé une quelconque contribution financière y aurait perdu honneur, estime et crédit. C'était gratis et amore, ou échanges de services, ou encore premier geste vers une entente à venir, projet de mariage entre les enfants, parrainage d'un nouveau né.

    Passages du livre "La naissance du capitalisme au Moyen Age" de Jacques Heers

     

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