• Il n'y aura jamais de fusion entre le Soleil et la Lune

    - Vois-tu ce rocher, Astyanax ? C'est là que fut inhumé jadis le patriarche de ces Hébreux dont il est aujourd'hui question. C'est là qu'il était venu s'établir à l'époque où les Hittites contrôlaient encore ce pays. C'est de là plus tard que partirent ses descendants lorsqu'ils abandonnèrent cette terre pour celle d'Egypte, et il y a fort à penser que c'est là qu'ils chercheront à revenir un jour...

    - Que sais-tu de ces hommes, Phram ?

    - D'eux peu de choses, sinon qu'ils sont en tous points semblables aux gens de ce pays, mais il n'est pas inhabituel, vois-tu, qu'un peuple soit ainsi délibérément retranché du monde quarante années durant dans le désert sans qu'une intention toute particulière ait présidé à cela.

    - Mais pourquoi, dans ce cas, n'y est-il pas resté ? Car s'il entre en Canaan, ce n'est tout de même pas dans la pensée qu'il va s'y retrouver tout seul ! - à moins qu'il soit dans leur intention de nous passer tous au fil de l'épée...

    Le regard du roi se fit plus sombre et s'attacha pensivement au rocher de Makpela.

    - En ce qui concerne ta première question, je ne pense pas - quelle qu'ait pu être leur intention - que les chefs de ce peuple auraient pu longtemps encore contenir une telle foule au désert. Mais en quarante années, le temps d'une génération, des habitudes s'imposent et peuvent suffire à conditionner profondément le repli sur soi d'un peuple, pour peu qu'un code moral particulier fût édicté. C'est peut-être même là la réponse à ta seconde question.

    - Les intentions de ces gens te sembleraient donc plus que suspectes ?

    - Je ne puis répondre à cela, fils de Priam, car, comme tu l'apprendras un jour, plus un initié s'élève sur les degrés de l'initiation, plus sa conscience s'élargit, transcende son peuple et fait sien le devenir de l'humanité. Or, je sais qu'un maître insigne, dépositaire d'une fort ancienne sagesse, guide actuellement ces gens : Môsis, fils spirituel de Jéthro qui fut l'un des hiérophantes secrets de Pharaon et partant initié dans la connaissance des mystères de Thot. Un tel homme, sois-en sûr, n'a rien d'un chef de bande, Astyanax...

    - Dans ce cas ne pourrions-nous faire alliance avec eux ?

    - Non, car le dieu auquel obéit Môsis n'est pas le nôtre, et ce qui émane de lui va trop à l'opposé de ce que nous tentons de cultiver nous-mêmes. Chaque race et chaque peuple a sa propre mission sur terre - chaque race dans le temps et chaque peuple dans l'espace - et seule l'antique loi de la réincarnation fait de chaque homme un frère, de chaque femme une soeur en marche vers un même but lointain, vers une terre encore en germe où de multiples chemins convergent, certes, mais en des voies fort différentes ! Les uns à se chercher en eux-mêmes, et les autres à "monter" - les uns à se chercher en eux-mêmes, et les autres dans le grand univers alentour - et si les deux voies se rejoignent un jour, elles n'en sont pas moins auparavant contraires et partant ennemies. C'est le cas de Môsis : lui a pour mission de descendre et c'est un dieu lunaire qui marche au-devant de lui, tandis que la nôtre est de monter vers Celui qui se tient dans le soleil. Aussi marchons-nous bien l'un contre l'autre en direction d'une seule et même lumière et vers un seul et même Dieu, mais en sens opposé...

    Le roi Phram suivit un instant des yeux le vol d'un gerfaut dans le ciel, puis poursuivit :

    - Ainsi, vois-tu, nous combattrons-nous bientôt, farouchement sans doute, pour une seule et même terre de Promesse, pour un seul et même tombeau peut-être... Môsis sait cela, mais ni son peuple, ni le mien ne seraient en mesure aujourd'hui de le concevoir, et il faut qu'il en soit ainsi, comprends-tu ? Car ce que chaque nation, chaque peuple apprend à cultiver ici-bas, sur terre, devient un jour le bien commun de tous au-delà du Seuil.

    - Ne serait-il pas, dans ce cas, infiniment préférable à la paix, Phram, d'oeuvrer à la disparition de ces différences ?

    - Non, Frankion. Comme je te l'ai dit tout à l'heure : à chaque peuple appartient une mission particulière, à chaque nation de cette terre une fonction qu'elle seule peut accomplir, l'ensemble étant ainsi - et du fait même de leurs différences - à l'image des organes d'un être universel unique. Or, tu le sais, lorsque l'indépendance des organes d'un homme vient à se perdre, il en résulte un cancer, le déséquilibre et la mort. Il en va de même des peuples. Il n'y aura jamais de fusion entre les Philistins et les Hébreux, entre Dag et Yah, entre le Soleil et la Lune, entre le Zeus de tes pères et Kronos le Titan, Frankion - et pourtant une seule Lumière les habille -, aussi vrai qu'il ne saurait y avoir de lumière sans ombre, ni d'arc-en-ciel sans l'une et l'autre ! J'ignore seulement ce que sera cet Arc d'Alliance et Qui la parachèvera. Mais ce que je sais, Porte-Lance, c'est qu'Il viendra - quoique ni Môsis, ni moi ne Le verrons en cette vie. (...)

    - Le temps de nous séparer est arrivé, Scamandrios. La guerre va reprendre et ne cessera plus de longtemps. De toutes les cités libres de Canaan que tu connais, seule la terre palestine et le pays des Cinq Villes tiendront tête à l'envahisseur et sauvegarderont leur indépendance. Jamais l'Hébreu ne dominera sur nous, ni nous sur lui, car il est écrit dans les destins de ce pays que Lune et Soleil s'y réfléchiront l'un et l'autre jusqu'à ce que la Lumière s'y incarne un jour, et c'est à compter de cette Heure-là que l'Hébreu se détournera d'elle et s'en ira à sa perdition... Le temps est donc venu pour toi de regagner Troie, Frankion, car c'est là-bas, au pays de la Terre Mère, qu'est l'accomplissement de ton destin, non ici, et c'est au pied du mont Ida, sur la colline d'Ilion qu'il t'appartiendra de rebâtir le Temple et d'y restaurer les saints mystères du Palladion, non point ici. 

     

    Passages du livre de Jean-Yves Guillaume "ING les 7 seuils d'Atlantis"

    « Attila Le HunLa terre sous influence »