• Incarnation

    Ma race, mon sang, ma vie, voilà ce après quoi nous courrons tous depuis des lustres, nous même. Après avoir érigé la noble race des seigneurs - ou celle plus ou moins glorieuse selon les siècles -, des malandrins, chacun cherche son frère, sa sœur, son autre lui-même, celui aux couleurs qui sont nôtres (peau pour certains, blason pour d'autres, religion, camp politique, nation, etc...). Après avoir connu le tumultueux mélange des molécules au sein du grand tout, voilà l'humain nouveau né confronté à une existence consciente et ne sachant pas trop quoi en faire. Il ne se posait pas ce genre de question avant de tomber dans la matière ! l'évidence était là. Mais maintenant ? La chute, l'incarnation faite d'os, de chair et de sang, cette conscience là dans la matière, ça bouscule, ça chamboule, ça vous met sans dessus dessous.

    Mais à quoi je sers ? Et pourquoi je suis là ? Et à quoi ça rime tout ça ?

    Vouloir faire de l'autre son sosie, un autre soi-même faute de ne plus retrouver son grand tout unificateur* (et non uniformisant comme cela est prôné actuellement), faute de l'avoir perdu dans cette fameuse chute - si décrite, décriée, enjolivée selon les approches, La chute d'Adam et Eve.

    Ce n'est pas tant notre autre moitié qui nous manque, puisque nous sommes tous constitué d'une partie féminine et masculine (yin et yang) - et ce même si c'est un travail que nous avons à effectuer au cours de notre vie, cette reconnaissance là  -, mais c'est notre place dans ce grand tout qui nous échappe, englués que nous sommes dans la matière. L'idéal, les idéaux, les croyances et tout ce qui en découle, l'utopie, etc... sont autant d'approches, de tentatives d'approches pour rejoindre ce qui nous échappe, ce grand tout unificateur par le biais de notre essence, soit notre place dans l'univers, notre rôle dans cette comédie dramatique.

    Alors on se cherche des frères, des sœurs, des autres nous-mêmes. Nous les nommons parfois frères de sang, ou de cœur, voir âme sœur, tout en cherchant malgré tout à les transformer pour qu'ils nous ressemble encore un peu plus. Sauf que, si nous sommes tombés dans la matière c'est pour travailler sur et avec cette matière, et donc avec nos différences, et non pour reproduire à tout prix ce que nous avons quitté. Donc en aucun cas à nous chercher un double, mais à incarner pleinement ce que nous sommes, ce qu'est notre essence.

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    "Alors que l'éthique traditionnelle demandait à l'homme et à la femme d'être toujours plus eux-mêmes, d'exprimer par des traits de plus en plus nets ce qui fait de l'un un homme, de l'autre une femme – nous voyons la civilisation moderne se tourner vers le nivellement, vers l'informe, vers un stade qui, en réalité, n'est pas au-delà, mais en-deçà de l'individuation et de la différence entre sexes."

    Julius Evola "Révolte contre le monde moderne"

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    « Notre essence est différenciation. Si nous ne sommes pas fidèles à cette essence, nous nous différencions insuffisamment. C'est pour cela qu'il nous faut opérer des différenciations parmi les qualités.
    Vous demandez : en quoi est-il nuisible de ne pas se différencier ?
    Si nous ne différencions pas, nous sortons des limites de notre essence, des limites de la Créature, et nous retombons dans l'état d'indifférenciation qui est l'autre qualité du Plérôme. [...]
    Ainsi mourons-nous dans l'exacte mesure où nous ne différencions pas. C’est pour cela que la Créature tend naturellement vers l'état de différenciation, vers le combat contre la dangereuse identité des toutes premières origines.
    C'est là ce que l'on appelle le PRINCIPIUM INDIVIDUATIONIS. Ce principe est l'essence de la Créature. [...]
    Ce n'est pas votre pensée, mais votre essence qui est différenciation. C'est pour cela que vous ne devez pas tendre vers la diversité, telle que vous la concevez par la pensée, mais VERS VOTRE ESSENCE. C'est pourquoi il n'y a au fond qu'une seule aspiration : l'aspiration de chaque être à sa propre essence. »

    Carl Gustav Jung, Les sept sermons aux morts

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    Apprendre à développer nos différences (de sexe, de couleur, de caractère, de personnalité, etc...), voilà ce que nous avons tous à faire, or que faisons nous ? L'inverse, nous faisons très exactement l'inverse, une bouillie innommable de ces perles nommées humains, l'humanité.

    Incarner pleinement ce que nous sommes au plus profond, exprimer notre essence, tout en faisant éclater au grand jour nos croyances, nos idées, et non juste respirer, manger, boire puis pisser et déféquer, en pensant vivre, en se croyant vivant.

     

    * partie consciente dans l’unité organique et hiérarchique d’un tout - si je reprends les termes de Julius Evola - soit ce qui faisait la Tradition et qui a été perdu.

    « Comment les modes parlent d'une époqueAnimal totem : le kangourou »