• L'art et la manière d'avaler

    Manger, se sustenter, nourrir notre personne, autant de façon aujourd'hui de dire que nous sommes d'éternels affamés. Non que nous manquions d'aliments ! en notre pays dit de progrès. Non. Mais satisfaire des puits sans fond n'est pas une mince affaire. Jamais assez, jamais content, jamais rassasié l'humain. Certains pourtant, tentent à leur manière de freiner ce mouvement incessant. Apprendre à se contenter de peu, voir à avaler différemment, avec parcimonie. Ou encore, ne plus avaler du tout de solide. Ne surtout plus faire comme ses congénères. Se nourrir de "lumière", c'est à dire à la source même de l'énergie, se nourrir de prana. Foutaises pour beaucoup. Vaste sujet de rigolade pour certains. Et si c'était possible ? pour d'autres - les témoignages, les exemples ne manquent pas.

    Que nous soyons des mangeurs de viande rouge bien saignante, des dévoreurs de poissons et autres crustacés, des végétariens ou des crudivores (que sais-je encore), ou tout simplement omnivores, notre façon de manger en dit long sur nous. De même pour ceux qui décident de se nourrir de prana.

    Or se nourrir de prana, c'est ne plus manger solide, c'est ne plus avoir à mâcher. C'est ne plus avoir à longuement mastiquer ses aliments. Ne plus ruminer ses pensées ? dit ma petite voix interne. Oui, il y a peut-être aussi de cela. Lorsque l'essentiel est là, tout coule de source, si je puis dire.

    A force de trop ingérer de tout à tout moment, il y a fatalement une période de nausée, de haut le coeur. La goinfrerie, qu'elle soit alimentaire ou au niveau de notre société de consommation, de nos divertissements (voir "La société du spectacle" et aussi "In girum imus nocte et consumimur igni" de Guy Debord), de nos achats dits compulsifs, de notre folie des voyages, de nos "nouvelles" via nos médias - sport, culture, politique, faits divers, people, etc. - (Internet, réseaux sociaux, journaux, etc...), de cette accumulation de "connaissance" (les idées de chacun, ici les miennes) qui au final ne nous apportent rien d'essentiel - dispersion maximum - si ce n'est parfois cette prise de conscience que tout cela n'est en fait qu'un vaste brassage d'air illusoire, un brassage dans une chambre close empestée par des boules puantes. La réaction est alors une absolue nécessité de dire STOP ! et de vivre au plus profond de soi, en passant par sa chair, ses tripes, ses boyaux, etc... et de développer, d'accoucher de cet essentiel oxygène qui nous faisait si cruellement défaut, en nous mettant à l'épreuve, en nous privant volontairement (de tel ou tel autre aliment, ou type d'aliment), en jeûnant, ou en cherchant à se nourrir de prana.

    La grande purge du XXIe siècle, voir une population ne manquant de rien, des humains en trop plein de tout, des personnes en pleine crise d'overdose chercher par tous les moyens à s'alimenter autrement. Une société d'anorexiques, une société de boulimiques également, les deux vont en général ensemble, les deux bouts d'une même corde. Le grand malaise du trop plein, du gavé. 

    Avaler, c'est bien le problème, de nos jours tout est mou, quasi liquide, tout doit fondre dans la bouche. Que ce soit nos "nouvelles" ou notre alimentation, tout passe par la façon de nous les faire avaler. Dès l'école le gavage d'oie commence, alors que dire pour la suite...

     - Dis monsieur, et quand tu es du genre à vouloir mastiquer longuement, quand tu aimes que ça croque sous la dent, comment tu fais ?

    - Tu prends de la distance et tu vas ruminer plus loin.

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