• La force virile au sens supérieur

    Çraddhâ est la "foi", qu'il faut prendre dans une acception positive, au sens d'une certitude inébranlable, n'admettant pas de doutes, d'oscillations ou de découragements. La contrepartie en est le vîrya, ou la "force", au sens éminent, susceptible d'établir une continuité dans le comportement et l'action. Deux éléments, est-il dit, lèsent et détruisent le vîrya plus que tout : la peur et le désir (donc l'espoir aussi). Mais il faut retenir que le mot vîrya peut aussi avoir un sens technique particulier (surtout dans le bouddhisme) : celui d'une force qui n'appartient pas au plan samsârique et qui peut aller à contre-courant. Aussi étrange que cela puisse sembler, on a pu associer en ce sens au vîrya un symbolisme phallique. Ce n'est que de cette façon que peut expliquer le fait que les ascètes çivaiques portaient en pendentif, comme emblème, le phallus, le linga, symbole de leur dieu. Dans ce contexte, l'emblème était destiné à symboliser le vîrya, la force virile au sens supérieur. Et l'une des erreurs les plus courantes de l'histoire des religions consiste à voir partout où apparaît le phallus, des cultes phalliques au sens priapique, c'est à dire des symboles exclusifs de la force physique de procréation ; même lorsque, par exemple dans l'Antiquité, en Egypte et dans le monde gréco-romain, il figurait dans les cimetières, où il représentait la force d'une résurrection attendue, ou encore quand on lui attribuait dans les temples le pouvoir de paralyser ou d'éloigner des influences osbcures et démoniaques.

    La dignité naturelle et la "dignification" comportent un certain calme (ou impassibilité souveraine) ressenti comme naturel. Liée à cette dignité, la force, vîrya, peut acquérir le caractère de ce que quelqu'un a nommé la "froide qualité magique". A un certain niveau, cette qualification peut se renforcer de "renoncement", et, dans ce contexte, on découvre le sens le plus profond de certains préceptes auxquels on donne d'habitude une signification banalement morale. (...)

    En "renonçant", c'est à dire en ne désirant pas, en ne demandant pas, le rapport s'inverse parce que dans ce cas on témoigne d'un état d'autosuffisance, d'intégrité, d'indépendance. Alors au lieu que ce soit le Moi qui aille vers la chose, ce sera la chose qui ira vers le Moi, comme à son "mâle", comme à son Seigneur qui, dans sa stabilité et son impassibilité, précisément, possède une force magiquement attractive. Ainsi, tout "renoncement" - évidemment compris comme un état intérieur - met un pouvoir à la disposition de l'homme. La force occulte qui en découle s'appelle ojas. C'est la condition fondamentale pour posséder un objet ou en jouir sans y être enchaîné. 

    "Le yoga tantrique" Julius Evola 

    « Le manuscrit secret du Moyen AgeHagalaz' Runedance - On Wings Of Rapture »

    Tags Tags : , , , ,