• Le filet de soie

    Je me rappelle qu'il y a quelques années, tôt le matin, quelqu'un était entré précipitemment dans la maison pour me demander si j'avais couvert mes champs d'un filet de soie ou de quelque chose de ce genre. Je ne pouvais pas imaginer de quoi il parlait, aussi suis-je sorti sur le champ pour jeter un coup d'oeil.

    Nous venions juste de moissonner le riz, et en l'espace de la nuit le chaume du riz et l'herbe qui y poussait s'étaient entièrement couverts de toiles d'araignées comme de la soie. Ondulant et miroitant avec la brume matinale, c'était un coup d'oeil superbe.

    Le prodige, quand ceci arrive, ce qui est rare, c'est qu'il ne dure qu'un jour ou deux. Si l'on regarde de près, il y a plusieurs araignées par centimètre carré. Elles sont si serrées sur le champ qu'il n'y a presque pas d'espace entre elles. Sur un are il doit y en avoir je ne sais combien de milliers, combien de millions. Quand vous venez voir le champ deux ou trois jours plus tard, vous remarquez que des fils de plusieurs mètres de long se sont cassés et ondulent au vent avec cinq ou six araignées s'accrochant l'une à l'autre. C'est comme un duvet de pissenlit ou les graines de pommes de pin sont emportées par le vent. Les jeunes araignées s'accrochent aux fils et sont envoyées voguer dans le ciel.

     

    Passage de "La révolution d'un seul brin de paille" de Masanobu Fukuoka 

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