• Le réenchantement du monde

    Une de ces "idées-forces", au-delà de la séparation, d'essence théologique, propre à la tradition judéo-chrétienne, est bien la participation, quasiment au sens mystique ou magique du terme, de chaque chose ou de chacun à un ensemble qui lui donne sens. Perspective "holistique" qui signe le retour des forces primitives, quelque peu ténébreuses. Celui des divinités propres à la "Grande Mère". Puissances féminines que le monothéisme patriarcal s'était employé à chasser ou à marginaliser. Pour reprendre une expression chère à Fernando Pessoa, retour du "paganisme comme principe vital".

    Principe de l'union des contraires, processus dynamique des correspondances tel qu'on peut le voir dans l'oeuvre picturale d'un Arcimboldo, où les hommes, les fruits et les fleurs se conjuguent en une architectonique sans limites précises. Dans celle de Jérôme Bosch, également, où tous les délires, jusqu'aux plus effrayants, se donnent libre cours en une joyeuse sarabande.  

    Lignes de force que l'on retrouve chez Klimt et sa façon d'encadrer en un châssis d'or des corps et des situations scabreuses, et pourtant terriblement humaines. Le cadre (d'or) et les postures (si sombres) sont parties prenantes d'une même réalité. Ils font, ensemble, ressortir l'intime vibration des choses. Ils épiphanisent la totale organicité de l'ombre et de la lumière. 

    Parmi bien d'autres exemples en ce sens, celui, encore, de la peinture néo-réaliste américaine, ainsi celle de E. Hopper, où l'accentuation des traits réalistes va conférer à ce réel un effet imaginaire. Dans tous ces cas, le jeu des métamorphoses, que l'on peut, également, repérer dans le "pointillisme" de Seurat ou, d'une manière plus générale, dans le "fauvisme", renvoie à un primitivisme, une remontée à l'archaisme de l'humaine nature s'illustrant de multiples manières dans l'actualité sociale.

    L'ombre de Dionysos, en ses aspects grouillant et, stricto sensu, fourmillant, se projetant sur nos mégapoles, est bien l'expression d'une sauvagerie que l'on avait crue éradiquée. Mais cet "homme sauvage" brisant ses chaînes d'une domestication de longue haleine peut, aussi, être le "chiffre" d'un nouveau rapport à la nature. Une sorte d'entièreté de l'être par lequel tout un chacun se sent et se vit impliqué dans  un environnement lui servant d'écrin.

    Passage du livre de Michel Maffesoli "Le réenchantement du monde"

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