• Les Runes, et le refus d'attacher le Verbe à la Matière

     Voilà ce que furent les Runes anciennes : les Signes-archétypiques abstraits, les formes structurelles immobiles et glacées - mortes - de ce que les voyants d'autrefois voyaient encore vivre en de puissantes images astrales, et dont ils percevaient même, pour certains, les résonnances prodigieuses. Tout ce à quoi les Druides et les Throtts scandinaves eurent accès, des siècles durant, de par cette connaissance luni-solaire si pure qu'ils surent puiser à la source même des choses et de cet Odhroerir inoui dont ils avaient le secret.

    (...) ces formes aujourd'hui glacées de givre et muettes, tout cela vivait autrefois pour le Druide et le Thrott d'une frémissante et prodigieuse Métamorphose, et qui se serait détourné de cet univers en pleine puissance au point d'en fixer arbitrairement les formes en signes abstraits quelconques aurait à coup sûr passé pour plus enclin à tuer la vie qu'à la préserver, et comme tel plus pour un possédé des forces de mort que pour un fils de la lumière : de là l'horreur fameuse et l'interdit que les Druides jetèrent sur l'Ecriture, sur cette écriture abstraite dont ils savaient qu'elle introduirait un jour le germe de mort en l'homme - le développement de son intelligence - et par voie de conséquence le dessèchement progressif de ses facultés de perception spirituelle. (...)

    Car lorsqu'un homme traçait une Rune en ce temps-là, il savait qu'en imprimant ainsi la forme au plan physique, il en introduisait aussi l'idée comme une lumière au plan astral et comme un son vivant son verbe au plan spirituel, et que celui-ci s'inscrivait alors en acte au plan divin du plus élevé des quatre mondes. (...) Toute magie runique, qu'elle eût été blanche ou noire, procédait de la connaissance occulte de cette loi qui veut que chaque acte (initiatiquement) commis au plan physique ait sa répercussion simultanée dans les trois mondes supérieurs.

    (...) En d'autres termes de faire descendre la pensée - qui jusqu'alors n'était que "lumière" et "vie" - jusqu'au monde physique, jusqu'aux "ténèbres" de la matière, c'est à dire jusqu'au Minéral et jusque dans la Mort : Voilà ce que les Druides et les Throtts s'efforcèrent au maximum d'épargner à l'homme : la fixation de ses facultés mentales et spirituelles dans la Matière. Voilà la véritable raison de cet interdit si sévère qu'ils jetèrent sur l'Ecriture - en particulier pour la rédaction des textes sacrés : le refus d'attacher le Verbe à la Matière (en caractère gras dans le texte), le refus de geler le son vivant dans le physique, autrement dit de couper l'homme définitivement de la source vitale de l'Odhroerir céleste.

    Passages du livre de Jean-Yves Guillaume "Les runes et l'écriture des étoiles"

     

    Un lien intéressant pour creuser le sujet sur les runes (avec quelques mots de Jean-Yves Guillaume) : http://racines.traditions.free.fr/runes8ca/index.htm

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