• Magie et Sorcellerie, aux origines

    Magie & Sorcellerie

    Qu'était-ce donc, ce qui différenciait spécifiquement, dans l'esprit des Anciens, magie et sorcellerie, messe et magie cérémonielle ? La réponse est simple : Seule une connaissance de base de l'occultisme – à tout le moins de ses fondamentaux – permet de répondre à cela. Nous avions, d'ailleurs, approché de très près cette question dans un de nos précédents articles par le biais d'une définition très claire de Rudolf Steiner à propos de la différence entre l'Astrologie et Alchimie    :

    1. L'astrologie
    « Les anciens savaient que seuls les dieux, ou comme on les a appelés plus tard les Intelligences cosmiques connaissent les secrets du monde des étoiles. Les Intelligences cosmiques qui savent les secrets des étoiles peuvent, seules, nous les dire. C'est pourquoi il faut passer par le chemin de la Connaissance pour arriver à communiquer avec les Intelligences cosmiques. La vraie, la véritable Astrologie consiste à acquérir la possibilité de comprendre les Intelligences cosmiques.

    2. L'alchimie
    Et la véritable Alchimie ? La véritable Alchimie ne consiste pas à rechercher comme le fait le chimiste actuel, à expérimenter ou à réfléchir, elle consiste à percevoir les esprits de la nature dans les processus naturels, afin d'entrer en contact avec eux et de recevoir d'eux des renseignements sur le cours des phénomènes naturels.» (R. Steiner. Centres Initiatiques, 13ème conf., Genève, 1977, pp. 202-204).

    En d'autres termes, la différence entre Astrologie et Alchimie tenait tout entière dans ce qui distingue la sphère solaire des dieux, de la sphère démoniale lunaire des esprits de la nature – et il en allait de même de ce qui différenciait autrefois magie et sorcellerie. De même que l'astrologue s'entretenait avec les dieux et l'alchimiste avec les esprits de la nature, de même le mage entrait en relation avec ceux-là, et la sorcière avec ceux-ci. Et c'est aussi cette différence d'accès entre les plans solaire et lunaire – entre les mondes spirituel et astral donc – qui prédestina toujours plus l'homme à la magie que la femme, et inversement celle-ci à la sorcellerie. « Pour un sorcier, dix mille sorcières » écrivit Jules Michelet. A très peu d'exceptions près, en effet, celles que l'Antiquité reconnut comme magiciennes notoires furent, dans leurs activités, bien plus sorcières que magiciennes et toujours soumises à l'autorité divine ; le cas de Circé n'étant qu'un exemple. Nous pourrions en citer bien d'autres, et les faits le prouvent à l'évidence : Au mage le monde des dieux solaires, à la sorcière – bonne ou mauvaise – le plan démonial intermédiaire de la lune et de la nuit.

    La thèse qui prévaut aujourd'hui dans les cercles académiques, à de très rares exceptions près, c'est que ces arts occultes ne sont qu'esbroufe, imaginations d'esprits faibles et obnubilés, l'antique magie élucubration romanesque, et la sorcellerie fille attardée de la misère. Point final et trêve de billevesées, place à la "Science" ! aux psychiatres et autres analystes en psy, tout cela ne mérite pas qu'on s'y attarde... Pourtant, une connaissance plus approfondie du sujet ne permet pas de l'expédier aussi vite, comme s'il embarrassait et confrontait à ce que la bien-pensance déteste le plus : le supra-sensible dont la seule prise en compte risquerait de bousculer de fond en comble les belles assurances et le confort mental de la doxa officielle.

    La science spirituelle enseigne fort heureusement d'autres voies d'investigation plus sûres que ces limitations positivistes pour l'exploration de ces arts occultes. Le développement des facultés cognitives latentes existant en toute âme saine permet, en effet, de nouveau l'éveil aux mondes supérieurs (ce que l'on désigna toujours sous le nom d'Initiation). Rien de maudit là-dedans, seuls le courage, la patience et une bonne ouverture d'esprit suffisent à progresser pour peu que l'on accepte de s'astreindre à une méthode précise. Il faut seulement savoir qu'une certaine clairvoyance spirituelle atavique perdurait encore naturellement chez nombre d'hommes et de femmes jadis, au moins jusqu'au bas Moyen-Âge, voire plus tard. Ce que l'anthroposophie aide à réveiller de nos jours, le mage et la sorcière, à leurs niveaux respectifs, y atteignaient en ce temps-là bien plus facilement qu'aujourd'hui : la sorcière en éveillant sa conscience au monde astral lunaire, soit par atavisme inné, soit par le biais de certaines drogues ou onguents psychotropes ; le mage initié en élevant encore plus haut sa conscience jusqu'à la vision de ce qu'il est convenu d'appeler le monde spirituel pur, solaire et dégagé de toute sujétion passionnelle. En d'autres termes donc, la sorcière accédant à la connaissance et à la fréquentation de ces entités spirituelles infra-humaines que sont, entre autres, les esprits de la nature décrits par Paracelse (gnomes, ondines, sylphes et salamandres) dont elle recueillait un certain savoir ; le mage confirmé, lui, accédant en sus à ces entités spirituelles supra-humaines que sont notamment les hiérarchies angéliques décrites par Denys l'Aréopagite (anges, archanges, archées etc.). Telle était, en réalité, la différence réelle entre magie et sorcellerie – et non ces considérations psycho-sociologiques vides actuellement si prisées, et qui n'expliquent rien du tout.

    Nous venons de citer les mondes lunaire et solaire, en d'autres termes astral et spirituel, mais qu'est-ce à dire pour ceux qui ne sont pas au fait de ce qu'ils signifient ? Entre autres ceci : autant le monde spirituel est stable et sans confusion possible, vierge de mensonge et d'illusion ; autant la pénétration du monde astral expose à de multiples possibilités d'erreur et d'aberrations, étant par excellence le monde luciférien des enchantements, des chimères et de la féerie – vraie ou trompeuse. Et tout entraîne à s'y perdre pour qui ne s'est pas fermement discipliné à contrôler sa pensée et ses sentiments, et bien surtout à discriminer le vrai du faux, le bien du mal. Monde élémentaire éthérique des rêves en ses plus basses régions, il est aussi ce domaine inversif dont nous avons déjà parlé, où tout se révèle en son contraire, où le fleuve remonte vers sa source, où le temps s'inverse, où la couleur se révèle en sa complémentaire etc. C'est également ce plan de l'animique et des métamorphoses où les sentiments les plus divers se projettent sous forme d'entités animales, belles ou hideuses, et de même les âmes. C'est donc là le champ d'activité privilégié de la sorcière au Sabbat.

    Car bien naïf qui s'imaginerait trouver sur le plan physique le vrai Sabbat si bien décrit par Goethe en son Faust. Car c'est en pleine catalepsie que la sorcière s'évadait de son corps, tandis que sa forme astrale se réunissait,  en quelque sorte in spiritu à ses congénères – sur le Mont – non à travers la cheminée sur un balais ou sur un bouc, mais sur ses propres représentations mentales érotiques en tout premier lieu.

    Faust dansant avec une jeune :
    « Hier, un aimable mensonge
    Me fit voir un jeune arbre en songe,
    Deux beaux fruits y semblaient briller ;
    J'y montai : c'était un pommier. » 

    Magie & Sorcellerie

    La jeune sorcière :
    « Les deux pommes de votre rêve
    Sont celles de notre mère Ève ;
    Mais vous voyez que le destin
    Les mit aussi dans mon jardin... »

    « Poudre et robes, c'est ce qu'il faut
    Aux vieilles qui craignent la vue ;
    Pour moi, sur mon bouc je suis nue,
    Car mon corps n'a point de défaut. »

    Ce monde imaginal lunaire, premier niveau de l'Initiation, est donc ce qui précède l'ouverture de l'âme au monde spirituel solaire proprement dit dans lequel se reconnaissait la sphère d'activité par excellence du mage véritable.

    Magie & Sorcellerie

    Bien des mystères se rattachaient à ces connaissances – car il s'agissait bien de connaissances et non d'élucubrations fictives – entre autres, dans le Faust, cette apparente bizarrerie du démon Méphisto emprisonné dans un pentacle et dont beaucoup se gaussèrent. Ce n'en était pas moins pourtant une réalité occulte exacte témoignant des profondes connaissances de Goethe en la matière : car s'il faut un cube en 3 dimensions, un cachot bien clos pour enfermer un être physique, il suffit d'un simple signe en 2 dimensions, d'un simple pentagramme, par exemple, signature astrale de l'homme en ses quatre corps, pour enfermer une entité du monde astral. Ce même pentagramme renversé dans lequel le mage ou la sorcière reconnaissaient la tête du Bouc infernal.

    C'est, en effet, l'ambivalence du monde astral, champ d'activité conflictuel aussi bien des entités démoniques bonnes que démoniaques mauvaises, qui attacha jusqu'à nos jours cette inquiétante aura équivoque à la sorcière, équivoque parce que née de la conjugaison de l'ignorance et de l'inimitié de l'Église romaine soucieuse de préserver à tout prix son monopole spirituel. Car dès que l'on s'applique à débarrasser la sorcière de sa sulfureuse renommée c'est, en dernière analyse, dans le domaine chamanique européen que nous en relevons l'image la moins adultérée, sous les auspices de la déesse Hécate en Grèce et de la déesse Freyja dans le nord – cette déesse Vane, inspiratrice de l'art éminemment féminin du seiðr dont la fonction première était de dénouer les fils du Destin, du Wyrd, en vue d'assister le consultant dans son devenir – et force est de reconnaître en elle, avant tout, l'antique devineresse païenne : voyante, sibylle et pythonisse à la fois, sourcière autant que sorcière, femme sage autant que sage-femme avisée – malveillante éventuellement, c'est vrai, si pervertie ou dépravée – mais certes pas en tant que telle – faillible assurément comme il en est de l'humaine nature et avec tous les risques inhérents au champ lunaire instable de son activité.

    Quant au mage, initié de tradition solaire à l'exemple de la lignée des Zoroastre, de même qu'avec le cercle des Bodhisattvas orientaux, il se reconnaît dans des figures comme Orphée, Pythagore, Apollonios de Tyane, (...).

    Source : Magie & Sorcellerie

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