• Métaphysique du sexe

    Hortus Deliciarum

    Andrew Gonzales (peintures de)

    Les concepts de masculinité et de féminité couramment employés sont plus qu'approximatifs : ils ne dépassent guère le niveau de la fiche d'état-civil. Le processus de sexualisation, de fait, présente plusieurs degrés, et les êtres ne sont pas masculins ou féminins dans une mesure égale pour tous. Du point de vue biologique, on sait qu'on rencontre, dans les premières phases embryonnaires, l'androgyne ou bisexualité. (...) Dans la formation du nouvel être, on assiste à l'action de plus en plus précise d'une force qui produit la différenciation sexuelle de la matière organique ; par là, tandis que les possibilités d'un sexe sont développées, celles de l'autre sexe sont éliminées, ou bien demeurent à l'état embryonnaire ou latent, ou encore ne sont présentes qu'en fonction des possibilités désormais prédominantes qui définissent le type actuel masculin ou féminin. Il y a donc analogie avec ce qui arrive dans l'ontogenèse : de même que le processus d'individuation de l'être humain laisse derrière soi, à l'état d'ébauche, les potentialités auxquelles correspondent les diverses espèces animales, de même le processus de sexualisation laisse derrière soi, également à l'état d'ébauche ou de rudiments d'organes atrophiés, chez l'homme et la femme, les potentialités du sexe opposé coprésentes dans l'état originel. (...)

    On a repris - on a dû reprendre - le concept aristotélicien d'entéléchie, comme principe heuristique biologique : et l'entéléchie est précisément une force formatrice agissant de l'intérieur, dont seules les manifestations sont biologiques et physiques ; c'est la "vie de la vie". Dans l'Antiquité, elle fut considérée comme l'âme ou la "forme" du corps ; elle a donc un caractère hyperphysique, immatériel.

    Il apparaît évident qu'il y a, à la base du processus de sexualisation, une entéléchie différenciée, constituant la véritable racine du sexe. (...)

    Par là, on se rapproche de l'idée de cette "atmosphère magnétique différenciée propre aux individus de sexe opposé" (...) ; en termes extrême-orientaux, il s'agit du principe du yang ou du principe du yin qui compénètre l'être intérieur et la corporéité de l'homme et de la femme sous la forme d'un fluide et d'une énergie formatrice élémentaire. (...) 

    Hortus Deliciarum

    Plus spécifiée, la même idée figure chez Schopenhauer, qui dit que la condition d'une forte passion, c'est que deux personnes se neutralisent tour à tour, comme un acide et une base lorsqu'ils vont former un sel : ainsi, puisqu'il y a plusieurs degrés de sexualisation, cette situation se réalise quand un certain degré de virilité trouve son pendant dans un degré de féminité équivalent chez l'autre être.

    Weininger, enfin, a proposé une véritable formule pour le fondement premier de l'attraction sexuelle. Partant précisément de l'idée que lorsqu'on prend comme critères l'homme absolu et la femme absolue, il y a en général de l'homme dans la femme et de la femme dans l'homme, il estime que l'attraction maximale s'éveille entre homme et une femme ainsi faits que si l'on additionne les parts de masculinité et de féminité présentes chez l'un et l'autre, on obtient comme total l'homme absolu et la femme absolue. Par exemple, un homme aux trois quarts masculin (yang) et féminin pour un quart (yin), trouvera son complément sexuel naturel, par lequel il se sentira irrésistiblement attiré et au contact duquel un magnétisme intense se développera, dans une femme masculine pour un quart (yang) et féminine aux trois quarts (yin) : précisément parce qu'on retrouverait, avec la somme des parties, l'homme absolu entier et la femme absolue entière.

    Passages du livre de Julius Evola "Métaphysique du sexe".

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