• Pour sortir de la copulation des eunuques

    Hortus Deliciarum

    Andrew Gonzales (peinture de)

    Au sujet des états qui se manifestent dans la composition la plus profonde de l'individu, il faut, en règle générale, faire une différence entre le cas de l'union effective d'un homme et d'une femme sur la base du magnétisme né de la polarité, et le cas de ce qu'on pourrait appeler un usage concerté du corps en vue d'un but finalement auto-érotique, assez peu dissemblable de la masturbation, donc pour parvenir au simple spasme organique à travers une satisfaction individuelle, soit de l'homme, soit de la femme, soit des deux, sans une communion et une compénétration effective.  

    Cette dernière situation est, au fond, celle qui se réalise lorsqu'on est tourné vers la seule "recherche du plaisir", lorsque le "principe de plaisir" domine l'union, au point de lui conférer ce caractère extrinsèque dont nous avons parlé lorsque nous avons contesté que ce principe soit le mobile le plus profond de l'eros. Dans ce cas, l'amant est affecté d'une espèce d'impuissance ; il ne jouit que pour soi, ignorant la réalité de l'autre être, sans parvenir à ce contact avec la substance intime, subtile, et "psychique" de l'autre, qui, seul, peut alimenter une intensité dissolvante et propitiatoire d'extase. Il est possible que l'emploi, dans la Bible, de l'expression "connaître une femme" au sens de la posséder, renvoie à l'orientation opposée dans l'étreinte, tandis qu'il est intéressant de noter que dans le Kama-sutra (II,10), l'union avec une femme de caste inférieure, prolongée seulement jusqu'à ce que le plaisir de l'homme soit satisfait, est appelé "la copulation des eunuques".

    Julius Evola.
    

    « Métaphysique du sexeLe pouvoir de l'aimant »

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