• Quand le chaos s'en mêle

    - Les gouvernements du début du XXIe siècle nous considéraient déjà comme des monstres. Nous leur faisions peur, autant par notre aspect physique que par les conséquences de notre mutation. Nous n'étions pas contrôlables, donc dangereux.

    - Les gens... normaux étaient contrôlables ?

    - L'économie occidentale, surnommons-la la "Pieuvre" en référence à la mafia italienne dont elle s'inspirait sur bien des points, avait programmé une mainmise totale sur la population mondiale à la fin du XXe siècle. Grâce à ses propres services secrets et à son système de fonds monétaire international, elle avait fomenté des troubles un peu partout dans le monde et fait en sorte que les nations surrendettées ne puissent plus satisfaire les exigences de leur population. Elle comptait mettre en place un gouvernement unique, centralisé, basé sur le profit économique, et contrôler l'ensemble de la population grâce aux traceurs biologiques injectés en même temps que les vaccins préconisés par l'Organisation mondiale de la santé...>>

    Une seringue en gros plan, une injection. une fillette s'effondre, victime d'un collapsus.

    - Des traceurs biologiques ? s'étonna Wang.

    - Des micropuces fabriquées avec des protéines vivantes. Non seulement elles servaient à identifier et à suivre l'individu dans tous ses déplacements - d'où leur surnom de traceurs - mais elles permettaient également de court-circuiter la conscience individuelle, et donc, via les micro-ondes expédiés depuis les sattellites, d'influencer la mémoire, les pensées et le comportement de milliards d'êtres humains. Les crises économiques, les conflits meurtriers organisés sur les cinq continents, une armée multinationale qui apparaissait comme le seul recours, la psychose entretenue par l'O.M.S. sur la santé, tous ces éléments se combinaient pour favoriser l'avènement d'un pouvoir qui n'avait rien de démocratique...

    - Quel était le but de ce gouvernement ?

    - La logique économique. Le concept des élites, cher aux religions monothéistes. Quelques-uns au paradis, les autres en enfer... Certains ont affirmés que la Pieuvre avait vendu son âme à des civilisations d'origine extraterrestre, mais jamais nous n'avons pu avoir la confirmation de l'information. Tout semblait réuni pour la phase terminale d'un projet ébauché au milieu du XXe siècle et bâti sur le socle très ancien de l'exploitation humaine. C'était sans compter sur le chaos, sur les réactions secondaires, imprévisibles, déclenchées par toute intention et/ou toute action, comme ces tempêtes provoquées dans l'hémisphère Nord. Le chaos s'est manifesté de trois manières : le refus de bon nombre de scientifiques et d'intellectuels de l'époque d'apporter leur collaboration à cet asservissement général de la population, l'émergence des gouvernements nationalistes dans les pays d'Europe occidentale et le développement spectaculaire des intégrismes religieux. Trois réactions diamétralement opposées, l'une humaniste, l'autre opportuniste, la troisième rétrograde, mais provenant d'un même réflexe collectif de défense, d'identité. Les votes des électeurs ont pris de vitesse tous les analystes économiques et politiques de l'époque, et probablement les agents inféodées à l'O.N.U., elle-même noyautée par la Pieuvre. Le chaos, c'est aussi le retard pris par les multinationales dans la mise au point des traceurs biologiques, le retard pris par l'O.M.S. dans les campagnes de vaccination sur les différentes épidémies du sida. Un atermoiement qui les a empêchées d'injecter les biopuces et d'influencer, via les ondes satellites, le vote des électeurs français, allemands, italiens, bénéluxiens....>>

    Passage du livre de Pierre Bordage "Wang (2) - Les aigles d'Orient" 

    « Le mal, cette aspiration du néantLully l'Incommode (1) »

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