• «Aucune armée d'hommes ou de femmes ne peut garantir la paix ! Si elle ne règne pas dans votre Empire, c'est que vous ne...»

    «Mes Truitesses ne t'ont pas donné nos livres d'histoire ?»

    «Oui, mais j'ai aussi parcouru les rues de votre Cité, j'ai observé vos sujets. Ils sont agressifs !»

    «Tu vois, Duncan ? La paix encourage l'agressivité !»

    «Mais vous prétendez que votre sentier d'Or...»

    «Il ne s'agit pas précisément de paix. Il s'agit de tranquillité, c'est à dire d'un terrain propice à l'établissement de classes rigides ainsi que d'un certain nombre d'autres formes d'agression.»

    «Vous parlez par énigmes !»

    «Je parle en fonction d'observations multiples qui m'ont appris que la posture pacifique est celle de la défaite. Celle de la victime. La victime appelle l'agression.»

    «Encore votre fichue tranquillité forcée ! Que peut-elle amener de bon ?»

    «S'il n'y a pas d'ennemi, il faut en inventer un. La force militaire qui se voit refuser une cible extérieure se retourne toujours contre ses propres populations.»

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  • Quel ennuyeux personnage ce Duncan est devenu. Il me raconte maintenant l'Histoire (avec un grand H) de la rébellion de Siona, sans doute pour me reprocher personnellement sa dernière escapade.

    «Ce n'est pas une rébellion ordinaire» dit-il.

    L'imbécile ! Cela me force à refaire surface. Toutes les révoltes sont non seulement ordinaires, mais mortellement ennuyeuses. Elles sont toutes faites sur le même moule. Leur principe moteur est la dépendance à l'adrénaline ainsi que le besoin de pouvoir personnel. Tous les révolutionnaires sont des aristocrates en chambre. C'est pourquoi il m'est si aisé de les convertir.

    Pourquoi les Duncan ne m'entendent-ils jamais pour de bon quand je leur explique ces choses ? J'ai déjà eu cette discussion avec ce Duncan-là, dans cette crypte même. Ce fut l'une de nos premières rencontres.

    «L'art de bien gouverner commande que vous ne laissiez jamais l'initiative à vos éléments extrémistes», disait-il.

    Quel pédant ! Les extrémistes surgissent à chaque génération et il ne faut surtout pas essayer d'enrayer le processus. C'est ce qu'il voudrait faire, lui, quand il parle de ne pas leur laisser «l'initiative». Il voudrait les museler, les restreindre, les réprimer, les détruire. Il est la preuve vivante qu'il n'y a guère de différence entre la mentalité policière et la mentalité militaire.

    J'avais beau lui dire : «Les extrémistes ne sont à craindre que quand on cherche à les supprimer. Tu devras faire la preuve que tu sais utiliser ce qu'ils ont de mieux à offrir.» Il ne cessait de répéter : «Ils sont dangereux. Ils sont dangereux.» Il croit que la répétition engendre une espèce de vérité.

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  • A partir du moment - cela a commencé au XVIIIe siècle - où l'on a dénié au guerrier la culture, le goût du chant et de la poésie, on a fait de lui un homme violent, un soldat destiné à tuer ; et en séparant l'ardeur guerrière de la sensibilité, on a fait de l'artiste un être raffiné, certes, mais quelque peu efféminé, sans vigueur. Désormais les catégories sont là, antagonistes : le militaire brutal ou grossier mais actif et le poète élégant, tendre, mais exempt de courage. Et pourtant, à fréquenter les mythes et les glorieuses figures de l'histoire, on se rend bien compte qu'une même énergie, une même splendeur aussi, circule de la prouesse à la poésie et à l'amour, dont le centre se trouve dans le coeur-courage. Avec fougue et ferveur, le héros s'adonne au combat et à l'amour, aux armes et aux lettres ; la musique, la femme, le compagnon d'armes exaltent son énergie. (...)

    Ceux qui frémissent en entendant le mot de "guerrier" ne sont pas de doux agneaux mais des gens qui ont perdu contact avec leur virtù, qui ont peur de s'impliquer et qui délèguent à d'autres la parole ou le geste courageux. Non seulement ils ont peur d'aller au combat mais ils retiennent quiconque de faire acte de vaillance ou de responsabilité. Ce ne sont certes pas des criminels, c'est la masse sombre et indécise des pleutres et des prudents, tous ceux qui crient au héros : "C'est dangereux, n'y va pas !" C'est Sancho essayant de modérer Don Quichotte ; c'est la possessive tendresse maternelle qui cache sous ses jupes le fils chéri, car il pourrait avoir mal ; c'est la femme qui par besoin de sécurité coupe les ailes de l'homme nomade ;(...)

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  • Dans le Phèdre écrit par Platon, Socrate dénombre quatre sortes de « fureur » (mania en grec) ou « délire sacré » : la fureur poétique, sacerdotale, prophétique et amoureuse. Chacune est inspirée par une puissance supérieure et, loin d'être maladie ou ordinaire déraison, se révèle faveur divine. (...)

    La parole n'a rien de commun avec le bavardage.

    Ceux qui révèrent la parole sont des gens de grand silence. Et ceux qui accordent attention à toute présence sont bien souvent de grands solitaires. (...)

    Aller de l'exil à l'esseulement, c'est tout le parcours qu'accomplit Hadewijch. Non par volonté, encore moins par ascétisme, mais en raison de son amour de l'Absolu qui effare ses contemporains et la laisse seule face à l'inconquérable Amour.

    Elles n'est pas femme à se plaindre : lorsqu'on est habité par une grande passion, ce feu néglige tout ce qui n'est pas lui. Les pusillanimes ne ressassent leurs peines et leurs malheurs que faute d'un haut désir ; ils se désolent parce qu'ils sont semblables à une terre désolée sur quoi rien ne pousse, rien ne se réjouit. La Béguine ne s'apitoie jamais sur son sort parce que c'est Amour qui la requiert, c'est Amour qui l'a élue, donc mise à part de tous (...)

    Il est plusieurs degrés dans le sentiment ou l'état de solitude. Très tôt, Hadewijch se sent «tombée parmi les hommes», elle n'est pas de ce monde et ne s'attache à aucun des plaisirs qui accaparent le plus grand nombre. Les humains lui semblent « étrangers », autant dire de pâles figurants, des gens qui sont ignorants de l'amour ou lui restent indifférents. L'exil où se trouve ici-bas l'âme noble est bien un isolement sans recours autre que la « brûlante nostalgie » qui pousse l'oiseau à regagner sa véritable patrie. Ainsi c'est une douleur et c'est un aiguillon.

    Car le sentiment d'exil (ellende) serait insoutenable si en l'âme il ne révélait une précieuse élection : être choisi par l'Amour entraîne la séparation d'avec le commun des mortels. La solitude où se tiennent les êtres spirituels n'a rien d'un dédain, elle marque une révérence envers la singularité d'un destin rempli avec conscience et amour. Elle est aussi responsabilité immense. (...)

    Le chemin n'est pas aisé pour autant. Bien au contraire. En raison de sa radicalité, il n'offre plus de recours qu'en Dieu. Toutes les autres aides sont illusoires, inutiles (...)

    Passages du livre de Jacqueline Kelen "Hadewijch d'Anvers"


  • L'amitié est indispensable dans l'aventure spirituelle pour partager, s'épauler, transmettre. Les premiers ermites eux-mêmes, enfouis dans les sables d'Egypte, en ont eu besoin comme d'un levain dans la pâte des longs jours. C'est ainsi que les béguines se sont regroupées le long d'une rue ou dans un enclos semblable à une ville miniature, chacune ayant sa maison. L'égalité est respectée, ainsi que la singularité de chacune. Une béguine peut rester seule chez elle pour prier, méditer les Ecritures, effectuer un travail, mais jamais elle ne se sent isolée puisque dans la maison voisine réside une amie qui est mue par le même idéal. En étant regroupées, les béguines se sentent fortes, mais, contrairement aux moniales, elles ne vivent pas en communauté, obligées d'être toujours ensemble. Par cette manière de vivre étonnante et totalement neuve, elles évitent la promiscuité, l'ingérence, les querelles de pouvoir, la jalousie, et aussi la paresse et la régression spirituelle. Comme le dit finement Hadewijch à l'une de ses correspondantes, une communauté religieuse peut s'avérer refuge, lieu où, abdiquant sa liberté, on se laisse porter ou commander par les autres. La vie en béguinage est un libre choix et repose sur la responsabilité de chacune. La personne humaine qu'exalte le christianisme ne s'y dissout pas. Sans nul doute, cet accent mis sur l'individu, sur la démarche et l'expérience personnelles, cette importance donnée à la solitude garante de liberté font passer les béguines pour subversives et leur mode de vie semble concurrencer voire narguer les formes traditionnelles de la vie religieuse. Hadewijch est une des premières à dégager le spirituel du religieux, la vie intérieure des croyances imposées, au risque d'évacuer bientôt le rôle du clergé et les prérogatives de l'Eglise. Toute religion s'appuie sur une assemblée humaine, elle est d'ordre collectif et encourage le nombre, tandis que l'aventure spirituelle est d'ordre privé, éminemment singulière et nécessairement solitaire.

    Coupée de sa dimension mystique, une religieuse tombe dans le formalisme et devient une institution terrestre, livrée aux passions et aux ambitions du siècle. (...) 

    Les trente et une lettres de la Béguine d'Anvers qui nous sont parvenues font preuve d'une étonnante pénétration du coeur humain et d'une grande clairvoyance spirituelle. Les remarques et les analyses de Hadewijch s'appliquent très bien à notre époque gouvernée par le simulacre et la dissimulation, adonnée au bien-être et au divertissement, époque où l'opinion générale (le contraire même de la pensée) étouffe tout jugement et où l'on aime à se rassurer, où l'on oublie la mort en cherchant à tout prix à aider autrui ou à se faire aider. Voici quelques exemples. Les prétendus mystiques qui se vantent de messages et de faveurs célestes ; or, dit Hadewijch, cela veut dire qu'ils en ont grand besoin : « C'est le manque de Dieu qui parfois nous attire ces délices, et non notre richesse. » Les hypocrites qui déguisent leurs faiblesses et leurs convoitises sous les vêtements de la vertu : « La vaine gloire s'appelle sens de la justice ; (...) les diversions nous détendent et démontrent notre simplicité... » Et puis, cette injonction sur le chemin de la sagesse : « A toute misère ouvre ton coeur, et ne prends personne à ta charge. » La véritable charité ne dérobe pas à autrui sa liberté, elle ne le dispense nullement d'exercer sa responsabilité et d'assumer son destin. Chez Hadewijch éclate un amour pour la personne humaine qui jamais ne rabaisse l'autre, qui ne s'apitoie pas sur lui ni ne se substitue à lui. « Chaque personne apporte ce qui lui est propre », chacune est irremplaçable, y compris dans ses manques, dans sa faiblesse. Pierre vivante de l'édifice.

    Passages du livre de Jacqueline Kelen "Hadewijch d'Anvers"


  • Le troc ! Oui, le troc ! Voilà l'espoir du monde ! Plus de monnaie, plus de marchandise tierce, plus d'opération bancaire, tout ce saint-frusquin qui sont les moyens étatiques de contrôler et d'opprimer les hommes... » (...)

    - En somme, vous vivez en autarcie totale ! dit Louis Châgniot pour montrer qu'il savait comprendre et excuser les déplorables errements de cette dérisoire société en pleine décadence.

     - Autarcie ? Pas tout à fait ! C'est le meunier du Breuil qui moud notre blé et nous rend son et farine contre sa suffisance en bois de chauffage. Les Francmontains sont des bûcherons-nés, par la force des choses. Du bois, nous, on ne sait quoi en faire. On en verse trois stères dans chaque fossé en guise de pont pour passer nos charettes dessus ! Et quand les femmes ont à prendre de l'étoffe pour tailler les vêtements, ou bien quand les hommes vont chercher leur clouterie ou leur outillage à la quincaillerie du bourg à dix kilomètres, nous payons avec mon miel, nos oeufs, nos fromages, nos agneaux, nos dindes et nos cochonnailles. Et nos cochonnailles, garçon, elles sont réputées, crois-moi ; tu vas en goûter.

    - Mais il se trouve des commerçants pour accepter cette opération ? s'indigna Louis.

    - Pardi !... Mais au péril de leur vie ! Dame : ils n'ont pas le droit ! Les argousins de l'Etat (saluez !) surveillent ça de près ! Mais ils ne sont pas encore assez malins et l'ordinateur mouchard n'a pas encore trouvé le moyen de déceler ça !

    - Et les factures ? coupa Louis Châgniot qui, comme le premier rat de cave venu, semblait vouloir prendre le Mage en défaut.

    - Justement ! Aucune facture ! Jamais de facture ! Jamais de chèque ! Jamais de papier ! et même jamais d'argent : comme nos pères, on se tape dans la main, on fait entre nous notre petite caisse de compensation et tout le monde s'y retrouve. On a, dans notre crâne, une petite machine enregistreuse qui vaut tous les ordinateurs du monde et qui coûte bien moins cher, et Sa Majesté l'Etat (saluez !), « l'ennemi public numéro un » , n'a pas à savoir si j'achète un cheval, une charrue ou des draps pour le trousseau de la fille que je n'ai pas ! Vous êtes allés vous mettre en grands troupeaux, là-bas, dans les villes et vous fourrer dans le piège. C'est là qu'ils vous attendent, eux, pour vous canarder : tu sais bien qu'ils sont plus faciles à prendre, les oiseaux, quand ils sont en grandes bandes.

    « Et pis, voilà maintenant les ordinateurs ! Vous êtes entassés dans leurs mémoires. Avec vos comptes chèques postaux, bancaires ou autres, l'Etat (saluez !) sait toutes vos transactions, même si vous rachetez une liquette tous les cinq ans ! Pas une ne lui échappe. Il sait même quand vous donnez des étrennes à vos petiots et vous fait payer des droits de succession là-dessus !

    « Vains dieux, si j'avais assez de voix pour que le monde m'entende, j'yeux-y-dirais* : "Si vous voulez être libre, ce qui s'appelle libres, faites comme nous, tous autant que vous êtes." Mais je me tairai, mes gaillards. On me foutrait dans les prisons de l'Etat (saluez !).

     

    *En patois : « je leur dirais » (y = le)

     

    Passages du livre "Le maître des abeilles" d'Henri Vincenot


  • Petit à petit ses yeux s'accoutumant, le Parisien vit ce prodigieux et incessant remue-ménage que font toutes ces ouvrières, opiniâtrement, aveuglément, se bousculant dans les couloirs qu'elles avaient aménagés entre les rayons : « Regarde !... Tu les vois ? Comme les pauvres Parisiens dans le métro ! Pauvres bêtes qui courent, courent toute la journée, toute la nuit... car je viens les observer la nuit aussi pendant des heures. Toujours toutes à la queue leu leu, victimes d'une spécialisation absolue et sacrifiées, toutes, à la productivité et à l'efficacité du monstre Etat - Saluez ! - de leur naissance à leur mort... Et là-dedans, parmi ces dix mille sujets de chacun de ces "Etats" (il montrait l'ensemble du rucher), rien qu'une qui a droit à l'amour ! la reine - les autres, les ouvrières, au turf, mes enfants, au turf ! à la production ! Toutes ! Vite ! Nuit et jour !... d'ailleurs pense qu'une seule, la reine, a les organes de l'amour ! Les autres ? Nib ! Rien ! Condamnées à la production exclusivement ! Les joies de l'amour ? Tintin ! Pas la peine ! Temps perdu ! Energie perdue ! Une seule suffira : la reine (je te la montrerai un jour). C'est un sexe, un sexe - rien qu'un sexe. Elle n'a même pas les organes pour se nourrir. Ce sont les ouvrières qui l'empiffrent. Les mâles aussi : on les fabrique à la demande, en temps voulu, exclusivement pour la fécondation de la seule reine. Ils sont incapables de se sustenter et de travailler. Ce sont les ouvrières qui les alimentent. Ce qui facilite les choses pour les supprimer lorsqu'ils ont rempli la Mère unique. Bouches inutiles. On se contente de ne plus les alimenter : Ils crèvent de faim. Amen ! Pour le bien de l'Etat. Saluez ! » Le Mage hochait la tête, en fixant fiévreusement les allées et venues mystérieuses de ces bagnardes. Au bout d'un instant, il s'écria d'une voix terrible, comme un procureur indigné :

    « Messieurs, nous avons là sous les yeux une société qui a été entièrement pervertie au communisme intégral, au collectivisme total, parfait, à l'étatisme systématique, et sacrifiée, sur l'autel du productivisme, au dieu Etat...! Saluez !... »

     On ne savait trop si le Mage ricanait, sanglotait ou  étouffait de colère.

    Puis il eut un long silence et, sans cesser d'observer cet invraisemblable et inquiétant mouvement qui circulait dans ces corridors rigoureux ménagés entre les opercules, il continua :

    « Regarde-les... Regarde ces ilotes urbains dans les couloirs du métro ! Regarde-les tes Parisiens châtrés de demain, tes esclaves ! Ici, dans cette ruche, ce ne sont plus dix mille abeilles, c'est une matière bien moulée, bien conditionnée qui fonctionne. Plus d'individus : une collectivité. Regarde : ta femme est là, déchargée de ses devoirs de maternité, tout entière vouée au service de la collectivité. Saluez ! Quant à toi !... Eh bien, toi, mon garçon, tu n'es plus là. Tu peux chercher : tu ne verras pas un mâle. Pas un mâle, je te dis. Les messieurs vont être pondus en temps voulu, selon le programme, dans des alvéoles spéciaux, nourriture spéciale, pour faire des reproducteurs de choix jusqu'au moment du vol nuptial ; et en avant pour la grande remonte. Un seul mâle - celui qui vole le plus haut - aura cet honneur de baiser la reine, de la baiser à mort. Après quoi, la seule reine étant gavée de sa semence, ils vont tous tomber d'inanition et leur cadavre desséché sera écacué par les nettoyeuses de service ! pour le plus grand bien de l'Etat, de Sa Majesté la Communauté. Saluez ! »

     

    Passage du livre "Le maître des abeilles" d'Henri Vincenot


  • - Ah ! vous, les hommes d'Eglise, vous pouvez parler du respect du saint lieu que vous profanez depuis au moins six siècles !... Le vandalisme clérical est le pire de tous !

    - Le vandalisme clérical ?

    - Je ne parle pas des curés qui vendent les statues de leur sacristies ni les objets de culte. Le premier scandale ce sont ces chaises, ces bancs qui encombrent ce sanctuaire qui doit être un « chemin » que l'homme doit parcourir dans le bon sens, pieds nus ! C'est ainsi que vos ingénieurs fabriquent l'électricité : ils font tourner un rotor dans un champ magnétique ? Pas vrai ? Dites-moi si je me trompe ! La voûte est calculée pour capter le courant magnétique et baigner l'homme qui suit le chemin en dansant, dans le sens inscrit...

    - Et ce sens, cher Gazette ? demande l'archiprêtre.

    - Ce sens ETAIT inscrit dans le sol, le vrai sol de ton église ! (Il frappait le sol du talon.) Si on décapait cette couche de dalles sacrilèges, on retrouverait le labyrinthe sacré, ce « Chemin de Jérusalem... » Mais pour des raisons matérielles banales, vous avez recouvert ce sol primitif en le REHAUSSANT de deux mètres ! Est-ce vrai ? Oui ou non ?

    - C'est vrai, disait le curé en souriant, mais...

    - Ton église, curé, est un violon dont des ignorants ont bouché les ouïes et enlevé les cordes ! Hahaha ! Il ne vibre plus depuis longtemps, ton violon ! Et pour comble vous avez déplacé l'autel, et vous avez mis l'officiant A L'ENVERS du courant qu'il doit recevoir et transmettre !

    - Et quel serait le but de toute cette magie ? demandait l'archiprêtre amusé.

    - Transformer l'homme, curé. L'ouvrir aux lois de l'harmonie naturelle qui lui donne l'équilibre psychique et corporel, source de santé et de bonheur !

    - Tu sens cela, Gazette, lorsque tu entres dans une église ?

    - Vous y avez faussé tellement de choses que le vieil athanor est bien détraqué... mais il marche encore un tout petit peu. Oui je sens cela. Nous, les poètes, nous percevons ces choses mieux que les autres ! Ces rythmes nous atteignent jusqu'au tréfonds !

    (...)

    La preuve encore : la dernière scène, en bas à droite, on voit Thibault et Gauthier, entrer, à cheval, à l'abbaye de Saint-Remy. Les archéologues s'étonnent que deux jeunes hommes désireux de se retirer du monde se soient présentés à cheval à la porte de leur cloître ; c'est tout simplement parce que ces messieurs ignorent, ou veulent ignorer, que monter un personnage sur un cheval est, pour l'imagier, une façon de dire qu'il monte la cavale, la  « Cabale », la Connaissance. Que c'est un Initié ! Remarquez en passant, vous deux qui êtes de la coterie, que ces deux cavaliers vus ainsi de profil rappellent singulièrement... le sceau des...

    La Gazette jetait alors des regards épouvantés de tous côtés et terminait à voix basse :

    - ... Le sceau des Templiers !

    Il continuait, devant les deux gars médusés :

    - N'oubliez pas qu'au jeu d'échecs le cavalier peut parcourir l'échiquier, qui figure la table carrée, en tout sens et que le jeu du cavalier utilise le cercle dans le carré, ce qui veut dire que pour réaliser la quadrature du cercle il faut  « monter en cavale », et si vous me permettez de pousser plus loin l'analyse...

    - Où veux-tu en venir, Gazette ?

    - Cela veut dire que celui que l'imagier représente en selle sait passer de la table ronde à la table carrée...

     

    Passages de "Le pape des escargots" d'Henri Vincenot


  •  « Et me voici reparti en colonne, "à la riflette" comme il est de bon ton de dire dans la troupe coloniale et je vais peut-être, malgré que j'en aie, être amené, par la force des choses, et par peur encore, à tuer de l'Homme ! Je vous en demande pardon à l'avance, à vous, la Femme, la Genitrix, vous qui êtes destinée, dans la douleur, et au péril de votre vie, à créer de l'Homme. C'est une véritable injure que je vous fais en acceptant implicitement d'être dans la situation de devenir un tueur d'homme. » (...)

    « La Femme ? C'est le temple de l'Humanité. C'est dans son ventre qu'un petit grain de ta semence, que tu ne verras pas seulement à l'oeil nu, et même pas avec une lunette d'amiral, se fait chair et se transforme en un être vivant, comme toi, et qui sera un autre toi-même... »

    Passages de "L'oeuvre de chair" d'Henri Vincenot

     

    Voir aussi à ce propos - La Femme, le temple de l'Humanité -, La Femme en sa demeure, l'âme en son templehttp://cheminfaisant.eklablog.com/hestia-vesta-la-dame-de-la-demeure-a68101329





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