• "De celui dont nous disons qu'il est un « homme de son temps » , nous ne faisons que remarquer qu'il coïncide avec la majorité des imbéciles du moment."

    "Le moderne n'a pas de vie intérieure : tout juste des conflits internes."

    "Nous ne distinguons pas toujours ce qui blesse notre délicatesse de ce qui irrite notre jalousie."

    "Celui qui ne doute pas de la valeur de sa cause n'éprouve pas le besoin que sa cause l'emporte. La valeur de sa cause constitue sa victoire." 

    "En histoire, déduire la nature de la cause des caractéristiques de ses effets conduit à attribuer à d'astucieuses machinations les conséquences fortuitement intelligentes d'actes stupides."

    Passages de "Carnets d'un vaincu" de Nicolás Gómez Dávila 

     *******************************************************************************

    "La parole ne nous a pas été donnée pour exprimer notre misère, mais pour la transfigurer."

    "Être réactionnaire, c’est comprendre que l’homme est un problème sans solution humaine."

    "Le réactionnaire n’acclame pas ce que doit apporter la prochaine aube, ni ne s’accroche aux ombres ultimes de la nuit. Sa demeure s’élève dans cet espace lumineux où les essences l’interpellent par leur présence immortelle."

    "Être réactionnaire, ce n’est pas embrasser des causes déterminées, ni plaider pour des fins déterminées, mais soumettre notre volonté à la nécessité qui n’étouffe pas, ranger notre liberté à l’exigence qui ne contraint pas ; c’est surprendre les évidences qui nous guident, endormies sur la grève des lacs millénaires.
     Le réactionnaire n’est pas un nostalgique rêvant de passés abolis, mais celui qui traque des ombres sacrées sur les collines éternelles."

    (autres citations de Nicolás Gómez Dávila dans "Le Réactionnaire authentique") 

    **********************************************************************************

    « Gens de gauche et gens de droite ne font que se disputer la possession de la société industrielle.
    Le réactionnaire souhaite sa disparition. » Nicolás Gómez Dávila

    « L’homme ne communique avec son semblable que quand l’un écrit dans sa solitude, et que l’autre le lit dans la sienne. Les conversations sont divertissement, escroquerie, ou escrime. »

    « Dans les époques aristocratiques, ce qui a de la valeur n’a pas de prix. Dans les époques démocratiques, ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur. »

    « La société libre n’est pas celle qui a le droit d’élire ceux qui la gouvernent, mais celle qui élit ceux qui ont le droit de la gouverner. »


  • Je venais d'ailleurs de faire à ce moment-là une rencontre importante, celle du professeur Tsourès. Il habite au-dessus de chez moi avec terrasse. C'est une sommité humanitaire. Selon les journaux, il a signé l'an dernier soixante-douze protestations, appels au secours et manifestes d'intellectuels. J'ai d'ailleurs remarqué que ce sont toujours les intellectuels qui signent, comme si les autres, ça n'avait pas de nom.
    Il y avait un peu de tout, des génocides, des famines, des oppressions. C'est une sorte de guide Michelin moral, avec trois étoiles qui sont décernées par le professeur. C'est au point que lorsqu'on massacre ou qu'on persécute quelque part mais que le professeur Tsourès ne signe pas, je m'en fous, je sais que ce n'est pas garanti. Il me faut sa signature au bas pour me rassurer, comme pour un expert en tableaux. Il faut qu'il authentifie. Il paraît que c'est plein de faux dans l'art, même au Louvre.
    On comprend donc que dans ces conditions et en raison de tout ce qu'il a fait pour les victimes, que je me sois présenté. Discrètement, bien sûr, pour ne pas avoir l'air de vouloir m'imposer à son attention, me faire remarquer. Je me suis mis à attendre le professeur Tsourès devant sa porte, en lui souriant d'un air engageant, mais sans insister. Au début, il me saluait au passage, en soulevant légèrement son chapeau, à cause du bon voisinage. Mais comme il continuait à me trouver sur son palier, le salut devint de plus en plus sec, et puis, il ne me salua plus du tout, il passait à côté, d'un air irrité, regardant droit devant lui. Evidemment, je n'étais pas un massacre. Et même si je l'étais, ça ne se voyait pas de l'extérieur. Je n'étais pas à l'échelle mondiale, j'étais un emmerdeur démographique, du genre qui se prend pour. C'était un homme à cheveux gris qui était habitué à la torture en Algérie, au napalm au Vietnam, à la famine en Afrique, je n'étais pas à l'échelle. Je ne dis pas que je ne l'intéressais pas, qu'avec mes membres extérieurs intacts, je n'étais pas quantité négligeable à ses yeux, mais il avait ses priorités. Je ne faisais pas le poids de malheur, j'étais strictement zéro, alors qu'il était riche d'amour et avait l'habitude de compter par millions, en somme il était lui aussi dans les statistiques. Il y a des gens qui saignent seulement à partir d'un million. C'est l'embarras des richesses.

    Passage de "Gros-câlin" de Romain Gary (Emile Ajar)


  • (...) le mot "vierge", désigne dans son sens primitif, la "célibataire" et implique une signification exactement contraire à celle que nous lui donnons maintenant. La vierge Ishtar est souvent appelée la "Courtisane", elle dit elle-même : "je suis une courtisane compatissante". Elle porte le "posin" ou voile qui, comme chez les juifs, était le signe et des "vierges" et des prostituées. Les hiérodules ou courtisanes sacrées de ses temples s'appelaient aussi les "vierges sacrées". Les enfants nés hors du mariage s'appelaient "parthenioi", "nés d'une vierge". (...) Une fille appartient à elle-même tant qu'elle est vierge, célibataire, et l'on ne peut l'obliger ni à conserver sa chasteté ni à consentir à une étreinte non désirée. En tant que vierge elle n'appartient qu'à elle-même, elle est une. (...)
    C'est en ce sens que les déesses lunaires peuvent, à juste titre, être appelées vierges. 

    Passages du livre "Les mystères de la femme" de Esther Harding.


  • J'atteins enfin le sommet du talus. Je regarde en arrière mais je ne peux ni voir ni entendre la rivière, tant la végétation est dense. Je suis à présent au milieu des cèdres, ces grands arbres odorants. Si jamais l'un d'eux tombe, si un arbre s'écrase dans l'humus de la forêt, d'autres surgiront de son tronc en rangs serrés. On les appelle les arbres pépinières. C'est la vie, me dis-je. Utilise ton corps pour vivre, ou quelqu'un d'autre en fera usage. Arbrisseaux, carpophores en console, champignons, fougères, mousses, ils recouvrent tous le géant abattu, se nourrissent de sa substance pourrissante.

    Je me dis que c'est la meilleure solution. Ils ont injecté dans le corps de Teddy des quantités de produits chimiques et l'ont hermétiquement enfermé dans une boîte. Conserve d'enfant. Confiture de Teddy. Comme des pickles dans le vinaigre. Si jolis à regarder. Puis ils ont pris cette boîte, si soigneusement conçue pour être isolée du reste du monde, et l'ont descendue dans un trou pour l'enterrer. Je pense à son petit corps dans ses habits du dimanche, tout seul dans sa boîte, sous la terre noire. Combien de temps l'embaumement retarde-t-il la décomposition ? Combien de temps avant que ses sucs corporels, ou ce qu'il en reste, ne se mettent à agir sur sa chair, afin d'essayer de lui redonner son utilité nourricière originelle, son unicité universelle ? (...)

    Un jour, Tom et moi avions évoqué la question, plutôt en manière de plaisanterie, et je lui avais dit de laisser tomber la cérémonie d'enterrement et de juste me glisser dans le compost au fond du jardin. Je ferais sûrement pousser de superbes tomates. C'était pour rire, mais aujourd'hui, j'en vois l'intérêt. Je m'imagine en train d'installer Teddy dans la chaude terre noire, enveloppé d'un linge, de le planter comme le bulbe d'une fleur extrêmement précieuse, de le recouvrir de terreau en le tapotant pour bien lui donner sa place. En fait ce serait mieux que cet égoisme humain qui consiste à enfermer hermétiquement les dépouilles, comme si empêcher le corps de réintégrer le cycle naturel allait en quelque sorte préserver une certaine essence d'humanité. En fait de préservation, ça me paraît au contraire un isolement très cruel.

     

    Passages du livre de Megan Lindholm (alias Robin Hobb) "Le Dieu de l'ombre" 


  • L'école n'est pas mon terrain de prédilection. Je m'offusque de devoir gâcher le peu de lumière solaire les jours d'hiver enfermée dans une classe, au lieu de courir en liberté dans la blancheur scintillante des paysages d'hiver de Fairbanks. Ce n'est même pas ça, d'ailleurs. Je trouve qu'il y a quelque chose de contraire à la nature dans l'obligation scolaire, quelque chose de destructeur. Prendre un jeune être et l'enfermer de force dans un espace clos avec trente de ces congénères du même âge... Ferait-on cela à un chiot ou à un jeune chimpanzé ? On sait ce qui se passe dans ces conditions avec des poulets ou des rats. Le résultat est le même avec des enfants, sauf que les dégâts sont moins visibles. Si j'étais un poulet persécuté par les coups de bec des autres jusqu'à ce que les entrailles lui sortent du rectum, quelqu'un me prendrait en pitié. Mais je suis une enfant et on demande aux enfants d'endurer stoiquement des tortures dignes des damnés.

     

    Passage du livre de Megan Lindholm "Le Dieu dans l'ombre"


  • Des profondeurs de son esprit, elle fit resurgir le sortilège. Celui-ci était légèrement différent, avait-elle appris, en fonction de la personne qui l'utilisait ; et parfois, il semblait changer chaque fois qu'il était utilisé. Les mots eux-mêmes n'étaient pas l'élément primordial, contrairement aux réalités dont ils étaient la clé. Et il ne suffisait pas de réciter le sortilège, les paroles n'étaient qu'un déclencheur, une formule mnémotechnique destinée à catalyser une transformation de l'esprit.

    Viviane pensa à une montagne qu'elle avait vue et qui, dans une certaine lumière, prenait l'aspect d'une déesse endormie. Elle pensa au Graal, lui-même simple calice lorsqu'on ne le voyait pas avec les yeux de l'esprit. Qu'était donc le brouillard, quand il n'était pas brouillard ? Et qu'était, réellement, cette barrière entre les mondes ?

    <<Il n'y a pas de barrière...>> Cette pensée s'engouffra dans sa conscience.

    - Qu'est-ce donc le brouillard ?

    <<Il n'y a pas de brouillard... il n'y a qu'une illusion.>> 

    Viviane réfléchissait. Si le brouillard n'était qu'une illusion, que penser alors de ce lieu qu'il dissimulait ? Avalon n'était qu'un mirage, ou bien était-ce l'île des chrétiens qui n'avait pas d'existence réelle ? Peut-être qu'aucun des deux n'existait en dehors de son esprit, mais dans ce cas, qu'était donc cet être qui les avait imaginés ? La pensée pourchassait l'illusion dans une spirale sans fin de déraison, perdant un peu de sa cohérence à chaque tournant, tandis que disparaissaient de nouvelles frontières grâce auxquelles les humains définissaient l'existence.

    <<L'Etre n'existe pas...>> 

    Cette pensée qui avait été autrefois Viviane frémit au contact de la désintégration. Une vision fugitive et tremblotante lui apprit que c'était là, dans cette obscurité, qu'Anara s'était noyée. Voilà donc la réponse ? Absolument rien n'existait ?

    <<Rien... et Tout...>> 

    - Qui êtes-vous ? cria l'esprit de Viviane.

    <<Ton Etre...>> 

    Son Etre n'était rien, un point tremblotant proche de l'extinction ; et puis, au même moment, ou avant, ou après, car ici le Temps non plus n'existait pas, il devint l'Unique, un éclat qui emplit toutes les réalités. Pendant un instant éternel, elle participa à cette extase.

    Et ensuite, comme une feuille trop lourde pour flotter dans le vent, elle retomba, vers le sol, vers l'intérieur, réintégrant toutes les parties perdues. Toutefois, la Viviane qui retourna dans son corps n'était plus exactement celle qui avait été arrachée à sa personnalité. Et pendant qu'elle se recréait, elle retrouva sa voix et chanta les syllabes magiques du sortilège permettant de traverser les brumes, recréant simultanément le monde tout entier.

    Elle comprit, avant même que les brumes ne s'écartent, ce qu'elle avait réalisé. Elle se souvenait de ce jour où elle avait émergé d'un bois touffu, convaincue de marcher dans la mauvaise direction, jusqu'à ce que soudain, entre deux pas, elle sente ce changement dans son cerveau, et trouve le bon chemin.

    Plus tard, en se demandant pourquoi elle avait réussit là où Anara avait échoué, Viviane se dit que peut-être, ces cinq années d'affrontement avec sa mère l'avaient obligée à se bâtir une personnalité capable de résister au contact du Vide lui-même. Mais ce n'était pas l'unique raison. Certaines apprenties prêtresses se perdaient durant l'épreuve, car leurs âmes étaient déjà si proche de l'Unique qu'elles s'y fondaient sans distinction, comme une goutte d'eau ne fait plus qu'un avec l'océan.

     

    Passage du livre de Marion Zimmer Bradley "Le secret d'Avalon" (tome 3 du cycle des Dames du lac)


  • - "Ils ont fait un désert et l'ont baptisé paix...", récita Gawen à voix basse. Voilà ce qu'à écrit  Tacite, à propos de la pacification du Nord. 

    Puis il repris son poste de guet.

     

    Passage du livre de Marion Zimmer Bradley "Le secret d'Avalon" 


  • - Mais quel est mon destin ? s'écria-t-il avec une colère soudaine.

    - Je ne peux te le dire.

    - Vous ne pouvez ou ne voulez pas ? répliqua-t-il, et il vit le beau visage de Sianna blêmir.

    Il n'avait aucune envie de se quereller avec sa mère devant elle, mais il avait besoin de savoir.

    Un long moment , la Fée garda les yeux rivés sur lui. Finalement, elle déclara :

    - Quand tu vois le ciel empourpré et furieux à la tombée de la nuit, tu sais que le lendemain sera jour d'orage, n'est-ce pas ? Mais tu ne peux prédire à quel moment précis viendra la pluie, ni en quelle quantité. Il en va de même avec les éléments des mondes intérieurs. Je connais les marées et les cycles. Je connais les signes, je sais discerner ses pouvoirs. Je sens le Pouvoir qui est en toi, mon enfant ; les courants astraux ondoient autour de toi, comme l'eau se sépare au-dessus d'un arbre caché. Et même si présentement cela ne t'apporte aucun réconfort, je peux t'assurer que tu possèdes un destin parmi nous.

    Mais, ajouta-t-elle après un court silence, j'ignore ce qu'il sera précisément, et d'ailleurs, si je le savais je n'aurai pas le droit d'en parler, car très souvent, c'est en cherchant à accomplir ou au contraire à éviter une prophétie que les gens commettent des actes qu'ils ne devraient pas commettre.  

     

    Passage du livre de Marion Zimmer Bradley "Le secret d'Avalon" 


  • Une de ces "idées-forces", au-delà de la séparation, d'essence théologique, propre à la tradition judéo-chrétienne, est bien la participation, quasiment au sens mystique ou magique du terme, de chaque chose ou de chacun à un ensemble qui lui donne sens. Perspective "holistique" qui signe le retour des forces primitives, quelque peu ténébreuses. Celui des divinités propres à la "Grande Mère". Puissances féminines que le monothéisme patriarcal s'était employé à chasser ou à marginaliser. Pour reprendre une expression chère à Fernando Pessoa, retour du "paganisme comme principe vital".

    Principe de l'union des contraires, processus dynamique des correspondances tel qu'on peut le voir dans l'oeuvre picturale d'un Arcimboldo, où les hommes, les fruits et les fleurs se conjuguent en une architectonique sans limites précises. Dans celle de Jérôme Bosch, également, où tous les délires, jusqu'aux plus effrayants, se donnent libre cours en une joyeuse sarabande.  

    Lignes de force que l'on retrouve chez Klimt et sa façon d'encadrer en un châssis d'or des corps et des situations scabreuses, et pourtant terriblement humaines. Le cadre (d'or) et les postures (si sombres) sont parties prenantes d'une même réalité. Ils font, ensemble, ressortir l'intime vibration des choses. Ils épiphanisent la totale organicité de l'ombre et de la lumière. 

    Parmi bien d'autres exemples en ce sens, celui, encore, de la peinture néo-réaliste américaine, ainsi celle de E. Hopper, où l'accentuation des traits réalistes va conférer à ce réel un effet imaginaire. Dans tous ces cas, le jeu des métamorphoses, que l'on peut, également, repérer dans le "pointillisme" de Seurat ou, d'une manière plus générale, dans le "fauvisme", renvoie à un primitivisme, une remontée à l'archaisme de l'humaine nature s'illustrant de multiples manières dans l'actualité sociale.

    L'ombre de Dionysos, en ses aspects grouillant et, stricto sensu, fourmillant, se projetant sur nos mégapoles, est bien l'expression d'une sauvagerie que l'on avait crue éradiquée. Mais cet "homme sauvage" brisant ses chaînes d'une domestication de longue haleine peut, aussi, être le "chiffre" d'un nouveau rapport à la nature. Une sorte d'entièreté de l'être par lequel tout un chacun se sent et se vit impliqué dans  un environnement lui servant d'écrin.

    Passage du livre de Michel Maffesoli "Le réenchantement du monde"





    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique