• Une simple merveille

    Il y avait aussi là-haut, il faut le dire, un curieux magnétisme qui m'attirait irrésistiblement. J'avais cru un moment que le pôle était la basilique, toute blanche, du Sacré-Coeur, bien que sa silhouette de pièce montée en sucre me déplût. J'avais été fort surpris, et choqué, en entrant pour la première fois dans cet immense édifice, de trouver des mosaïques, des marbres, des dorures, et surtout une foule, en mouvement permanent qui défilait là, le nez en l'air, comme au marché et de suite j'en conclu que l'aimant qui m'y attirait n'était pas cette grandiose pâtisserie.

    En tournant autour de cette basilique par la rue Sainte-Eleuthère, je ne manquai pas, bien sûr, de tomber un jour, sur la place du Tertre, et, au fond d'une cour je découvris, derrière un fronton ridicule où l'on lisait encore "Liberté. Egalité. Fraternité" la toute petite église romane de Saint-Pierre de Montmartre. Une simple merveille. En vérité la seule merveille qui existât sur le célèbre mont des Martyrs. 

    J'y pénétrai et, dès l'entrée, je fus pris de cette sorte de vertige qui me saisit toujours dans les édifices romans. Ce vertige qui m'oblige à m'immobiliser au centre de la nef et à regarder, comme hypnotisé, dans l'axe du coeur.

    J'étais donc là, subjugué, enveloppé par cette chappe qui tombait de la voûte du XIIe siècle. Les jambes coupées, je fus, au bout d'un long moment, obligé de m'asseoir. Je me laissai donc tomber sur une chaise en me laissant envahir par cette extase active. (...) Il s'assit alors bonnement à côté de moi et se mit à me faire l'historique de cette petite église du village du vieux Montmartre, comme effacée par l'orgueilleuse masse de la basilique, et pourtant bien plus intéressante.

    Il ne put s'empêcher de déplorer la présence de ce concurrent prétentieux (il voulait parler du Sacré-Coeur) qui attirait les foules et leur faisait oublier sa belle petite église, sa splendeur, sa merveille, la plus vieille église de Paris, après Saint-Julien-le-Pauvre.

    Il n'avait pas besoin de me le vanter. Dès mon arrivée j'avais été saisi par le contraste entre l'énorme basilique, vide (en dépit de la foule qui y grouillait), et qui n'était même pas orientée, puisque son axe était nord-sud, donc aberrant, et le tout petit Saint-Pierre, bien obscur, bien modeste, qui était, lui, plein de frémissements. Il n'était donc pas étonnant qu'on y ressentît le frisson sacré, au contraire de la basilique, où l'on ne ressentait strictement pas plus, la foule aidant, que dans une halle de gare.

     

    Passages du livre "L'oeuvre de chair" d'Henri Vincenot.

    « "Satan Trismégiste" - conférence de Pacôme Thiellement L'injure de devenir un tueur d'homme »